Les producteurs de pommes de terre multiplient les traitements depuis le mois de mai contre le mildiou. Mi-juillet, les réserves de fongicides étant épuisées en France, le ministère de l’Agriculture a autorisé des importations des autres Etats membres ainsi que l’utilisation de produits en cours d’homologation. En cause : une forte humidité et des souches peu sensibles aux fongicides.
Les difficultés ont commencé dès le printemps avec un fort développement des feuilles. Qui dit plus de feuilles dit plus de risques de mildiou. Le champignon, dopé par l’humidité, a pris son essor en mai. Au point que la Direction générale de l’agriculture et de la forêt de Bretagne signale dans un avertissement agricole « une contamination systématique des cultures » dès le mois de mai.
« Nous sommes en alerte depuis deux mois. C’est une situation exceptionnelle (…) avec des attaques fulgurantes, très virulentes et en avance de deux mois sur le calendrier », explique-t-on le 24 juillet au sein de la Direction générale de l’alimentation à Paris. Toutes les parcelles ou presque sont touchées par la maladie et certaines ont même été abandonnées, selon la Direction générale de l’alimentation. « C’est une situation que l’on n’a pas vue depuis au moins vingt ans », confirme Martin Mascré, directeur de l’Union nationale des producteurs de pomme de terre,
2 à 3 traitements à 2-3 jours d’intervalle
Les producteurs ont doublé voire triplé la cadence des traitements. Dans une note du 12 juillet, le ministère de l’Agriculture écrit : « Pour réduire le développement de la maladie et des contaminations, la lutte peut se faire par une succession de 2 à 3 traitements à 2-3 jours d’intervalle, avec des spécialités commerciales phytopharmaceutiques à action rétroactive et/ou antisporulante ». Le ministère conseille également des mélanges de fongicides. Pour le producteur, ce sont 30 à 35 euros par hectare en moyenne qui sont pulvérisés à chaque passage.
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Un lessivage « continu » dans toutes les régions de productions oblige cette fréquence, toujours selon le ministère. D’autre part, les souches de mildiou sont peu sensibles aux traitements. On suspecte une résistance à certaines molécules (méfénoxam et bénalaxyl) et l’apparition de nouvelles souches. Les chercheurs, de l’Inra notamment, sont chargés de vérifier.
750 tonnes de mi-juillet à mi-août
La fréquence des traitements entraîne une rupture des stocks de fongicides pour pommes de terre dès fin juin, en France. Le ministère de l’Agriculture autorise alors à titre exceptionnel tous les fongicides pour vignes, de contact ou systémiques (avec passage dans la sève) avec le feu vert de l’AFSSA (3). Mi-juillet, ces stocks sont à nouveau épuisés, les vignerons utilisant leur part sur vigne. Le ministère calcule avec les producteurs et les fabricants de fongicides que 750 tonnes sont alors nécessaires pour protéger les patates jusqu’à mi-août, si la pression se maintient. Il délivre des autorisations d’importations d’Italie, de Belgique, des Pays-bas et du Royaume-Uni. Il autorise également des produits en cours d’homologation dont le nombre de traitements possibles est porté de 4 à 10 (pour Adério de Dow et pour Ranman d’ISK).
Aujourd’hui, la situation reste critique. On ne sait pas quelle sera la quantité et la qualité de la récolte. Le ministère va mettre en place un plan de surveillance pour voir si les résidus de fongicides dans les pommes de terre ne dépassent pas les limites autorisées (LMR). On ne sait pas ce qui est prévu en terme de surveillance des eaux dans lesquelles ces produits ont ruisselé.