Si les décrets constituent une petite avancée sur l’utilisation des OGM en France, ils ne concernent ni l’inscription de nouvelles variétés, ni la recherche. Des domaines dans lesquels la France et l’Europe ont pris beaucoup de retard.
«Depuis 1999, plus aucune variété transgénique n’a pu être inscrite au catalogue français », regrette Bernard Matabos, directeur de KWS France pour la branche maïs. Les producteurs français doivent donc utiliser des variétés homologuées au catalogue européen. « Mais elles ne sont pas vraiment adaptées, observe Olivier Soulié, directeur de l’activité biotechnologie végétale chez Monsanto. Les maïs espagnols sont plus tardifs, et les variétés allemandes ou tchèques sont plus précoces». Un certain nombre de variétés françaises ont pourtant réussi à passer la barre du CTPS. Mais elles restent au milieu du gué, en attente d’une signature ministérielle. Faute d’avancée, Pioneer en a supprimé une vingtaine des siennes. Il ne lui en reste plus que huit en attente. Représentant des producteurs français de semences de maïs, le Seproma a publié le 21 mars un communiqué dénonçant l’impossibilité pour les variétés OGM d’accéder au catalogue national français.
800 à 900 demandes d’essais par an aux Etats-Unis
Au-delà du problème commercial, Georges Pelletier, directeur de recherche en génétique végétale à l’Inra de Versailles, trouve le contexte inquiétant pour la recherche. « Les Etats-Unis traitent 800 à 900 dossiers par an, alors que nous n’en sommes qu’à une quinzaine», explique-t-il. En 2006, les autorités américaines ont enregistré 876 demandes d’essais. Depuis 1986, les chercheurs d’outre-Atlantique ont travaillé 144 espèces, 576 caractères et 770 gènes. Bien sûr, toutes les recherches ne débouchent pas sur des variétés commerciales. Mais il n’empêche, les travaux européens sur le sujet font pâle figure. Pour Georges Pelletier, le Vieux continent a pris au moins 20 ans de retard : « Comme la mutagénèse, qui a débouché en son temps sur la création des céréales à pailles courtes, la transgénèse permet de faire des sauts qualitatifs dans la sélection, explique-t-il. Elle permet de créer des caractères. Aussi intéressante soit-elle, la sélection assistée par marqueur ne permet pas ce saut». Or c’est sur cette dernière méthode plus classique que repose en grande partie la recherche française.
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Se poser les bonnes questions
Pour Antoine Messéan, chercheur à l’Inra, deux questions de fond restent sans réponse et empêchent de faire avancer le débat, toujours masqué par les enjeux environnementaux. « Le premier questionnement est lié à la nature de la protection qu’il faut donner à cette nouvelle technologie, explique-t-il. Lié à l’invention, le verrouillage de ces variétés par les obtenteurs est nettement accru par rapport aux variétés traditionnelles. Est-ce légitime ? » Qu’un agriculteur ne puisse pas fabriquer ses propres semences peut poser question. Le second problème, selon Antoine Messéan, concerne le type d’agriculture que l’on souhaite mettre en œuvre aujourd’hui. « Une technologie n’est pas forcément associée à un système économique, mais c’est pourtant le cas ici, remarque-t-il. Veut-on favoriser une agriculture industrielle, remise en cause par ailleurs ? ».