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Commerce extérieur La France à l’épreuve des marchés d’exportation

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Les exportations agricoles et agroalimentaires ont reculé de plus de 11 % en 2009. Avec 44,1 milliards d’euros elles perdent 5,7 milliards par rapport à l’année précédente. C’est ce que révèlent les chiffres du commerce extérieur annoncés le 5 février par le gouvernement. L’excédent des secteurs comme les produits laitiers (-16 %), les céréales (-24 %) et les vins et spiritueux (-22 %) est en forte baisse par rapport à l’année 2008. Globalement, il est passé de 8,7 milliards d’euros en 2008 à 5,2 milliards en 2009. Certes, la réduction est exprimée en euros et elle subit la baisse générale des prix agricoles constatée dans le monde. Mais elle montre aussi que les opérateurs français n’ont pas su profiter de la réduction des prix des produits agricoles. Moins que d’autres en tout cas. La chute est d’autant plus surprenante que le secteur agricole et agroalimentaire s’était habitué à une progression constante de ses exportations. Naguère une des forces économiques de la France, dans un contexte de marchés et de cours plutôt stables, l’activité agricole et agroalimentaire a vu, en 2009, sa position dans le monde s’affaiblir. Elle doit s’adapter à une situation de marchés de plus en plus erratiques et une compétitivité moins assurée vis-à-vis de bon nombre de pays européens.

Accident de parcours ou début d’une tendance de fond ? Le recul de la place des produits français dans le monde, en 2009, va très certainement susciter un grand nombre d’analyses. Le constat est inquiétant, à première vue. S’élevant à 44,1 milliards d’euros les exportations de produits français sont en baisse d’au moins 5 milliards d’euros sur celles de 2008. Presque tous les secteurs sont touchés. Dans ces prix exprimés en valeur, il faut évidemment voir l’impact de la baisse générale des prix agricoles et alimentaires. L’impact, également, du ralentissement de la consommation en raison de la crise économique. Mais cette baisse aurait dû toucher tout autant les importations. Or, leur recul est limité à 5,7 % contre plus de 11 % pour les exportations. Du coup, le solde commercial des produits agricoles et alimentaires est passé de 8,7 milliards d’euros en 2008 à 5,2 milliards en 2009 soit une valeur inférieure à celle de… 1995.

Prix en baisse
La réduction de nos ventes à l’étranger montre aussi que les opérateurs n’ont pas réussi à profiter des prix agricoles en baisse (-5,4 % en 2009) pour augmenter les volumes vendus. De quoi provoquer l’amertume du monde agricole. C’est que, dans plusieurs cas, le différentiel de prix avec nos concurrents est resté élevé. Exemple, le lait : son prix a baissé en France tout au long de l’année. Malgré cela, en moyenne annuelle, « le prix du lait à la ferme en France a été d’environ 35 euros (pour 1 000 litres de lait) plus cher qu’en Allemagne », explique-t-on au Cniel (Interprofession laitière). Un écart confirmé par la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait). L’argument peut évidemment être invoqué par les industriels transformateurs. Compte tenu du poids du lait comme matière première dans les produits transformés, l’avantage pour les Allemands est considérable. À cela, les producteurs agricoles répondent que les industriels pourraient faire plus d’effort pour ajouter de la valeur ajoutée à leurs produits. Et, surtout, auraient intérêt à se regrouper pour atteindre une taille critique plus à même de lutter sur les marchés étrangers. C’est, dans le lait, toute la problématique construction d’un des premiers groupes français (Sodiaal-Entremont) qui est en cause, de même que le poids souvent excessif des produits à faible valeur ajoutée (beurre, poudre).

Taille des opérateurs
De fait, dans d’autres domaines, c’est tout autant la taille des opérateurs qui est en cause. Tel est le cas du porc et des produits carnés en général où les dizaines d’exportateurs français doivent rivaliser avec une ou deux coopératives danoise ou néerlandaise. Les Français doivent aussi faire face, souvent, à des stratégies bien organisées de reconquête de marchés locaux. Naguère fournisseur de l’Europe en produits de volailles, la France subit l’impact des Allemands qui tendent à produire localement des produits frais ou à importer des viandes congelées du Brésil ou de la Thaïlande pour les transformer en produits prêts à consommer. Dans un secteur comme le vin, nos clients les plus fidèles naguère ont continué à importer des produits issus de nouveaux pays producteurs. La viticulture et de ses exportations pose d’ailleurs la question du développement ou non d’un vin sans IGP, à forte productivité censée apporter une compétitivité prix sur les marchés. La question est encore ouverte dans la profession (1).

La fragilité du marché européen
Rien d’étonnant alors à voir le marché de l’UE être le plus fragile pour nos exportations. Alors même que le risque de change n’existe pas (dans la zone euro du moins) et que ce marché était réputé le plus stable pour nos exportations. Les exportations françaises vers l’UE ont, de fait, diminué de 12 %, soit plus que les destinations pays tiers. Au sein même de l’UE, six pays (Allemagne, Belgique, Italie, Royaume Uni, Espagne, Pays-Bas) qui représentent les deux tiers de nos ventes les ont vues baisser de près de 15 %. Globalement, sur l’UE, l’excédent est réduit de moitié pour les produits transformés et d’un tiers pour les produits bruts.
Au niveau mondial, c’est l’inverse : l’excédent des produits transformés se réduit d’un tiers tandis que celui des produits bruts se réduit de la moitié. Les exportations baissent de 17 %. Presque tous les secteurs sont en réduction. Le maïs (-15 %) reste moins touché que le blé tendre (-29 %) et seules les exportations de bovins ne faiblissent pas. Une mince consolation pour une année où les résultats catastrophiques pour les agriculteurs coïncident avec de piètres performances sur les marchés étrangers pour les produits français.

(1) lire page 26

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