La tension diplomatique entre Bruxelles et Paris est maintenue à un très haut niveau. Mais la France ne devrait pas bloquer la marge de manœuvre de Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce, et prendre le risque de faire échouer la négociation OMC. Elle suivra de très près la nouvelle « offre sérieuse » sur laquelle le négociateur européen travaille d’arrache-pied pour, dit-il, avancer tout en respectant son mandat.
Alors que le négociateur européen pour le commerce doit faire une nouvelle offre, lors d’une vidéo-conférence avec ses homologues des grands pays exportateurs de produits agricoles, la France a maintenu la pression sur lui durant le Conseil agricole du 25 octobre. Sans écarter la possibilité d’un nouveau mouvement de l’UE dans la négociation pour la libéralisation du commerce mondial, contrairement à plusieurs déclarations de ces derniers jours, Dominique Bussereau a indiqué, à Luxembourg que, si Bruxelles fait une « nouvelle offre meilleure, nous l’étudierons».
Mais cela doit se faire à l’intérieur du mandat de négociation. C’est-à-dire en respectant la réforme de la Politique agricole commune de 1999 et de 2003, insiste la diplomatie française après avoir orchestré durant tout le Conseil agricole un rapport de force entre les tenants d’une agriculture forte et les pays moins sensibles à l’avenir de la filière.
Peter Mandelson et Mariann Fischer Boel, les commissaires au Commerce et à l’Agriculture ont brandi de leur côté le risque pour l’Europe de s’isoler et d’être accusée par ses partenaires d’avoir fait échouer la négociation.
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« Offre sérieuse »
Pressés de « faire une offre sérieuse », ils ont prévenu leurs collègues du collège de commissaires qu’une absence d’offre sur l’accès au marché européen des produits agricoles déclencherait « une crise dans les négociations qui, presque certainement, aboutirait à l’annulation de Hong Kong », dans une note commune datée du 24 octobre.
Reste à savoir si Bruxelles peut réellement faire une proposition plus ambitieuse sans sortir de son mandat de négociation. Elle avait déjà proposé, lors d’une discussion à Zurich, la réduction de 20 à 50% des tarifs douaniers répartie dans quatre bandes tarifaires. Abandonnant, à la demande des Etats-Unis, la flexibilité au sein de chaque bande tarifaire qui aurait permis d’adapter les baisses avec un objectif chiffré global. Cette absence de flexibilité met, selon les calculs des experts, plusieurs produits sur la sellette, par exemple le beurre. Ils pourraient alors faire l’objet d’un traitement spécial grâce au maintien d’une série de produits sensibles.
Mais les Etats-Unis exigent aussi la limitation de ces produits à 1 % des lignes tarifaires contre les 8 % proposés par l’UE. Peter Mandelson pourrait descendre à 5 % le nombre de produits sensibles. Peut-être pourrait-il alors réintégrer une dose de flexibilité dans les baisses tarifaires ?