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3 questions à Jean Bizet sénateur de la Manche « La France peut tirer les leçons de l'exemple allemand »

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L'exemple allemand peut inspirer les Français et ne doit pas être vu seulement comme une concurrence. C'est ce que pense Jean Bizet, sénateur de la Manche qui a récemment effectué une visite d'étude outre-Rhin. Selon lui, le cas allemand montre que « la recherche de compétitivité n'est pas incompatible avec la protection de l'environnement. »

Vous vous êtes récemment rendu en Allemagne dans le cadre d'une mission de rapprochement du couple franco-allemand. Qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué concernant la capacité de l'agriculture et de l'agroalimentaire outre-Rhin à renforcer leur compétitivité ?

Avec le président du Sénat, Gérard Larcher, nous nous sommes rendus en Allemagne du 5 au 7 mai dernier. L'avenir de la PAC était au cœur de ce déplacement. Nous avons été frappés par la puissance de l'agriculture allemande et sa compétitivité. C'est le fruit d'une politique initiée il y a plus de dix ans et qui n'a pas été remise en cause par les différentes coalitions au pouvoir. Le modèle allemand tend à responsabiliser les agriculteurs avec notamment un découplage complet des aides, ce qui leur laisse une grande liberté pour orienter leurs productions. A terme en 2013 une prime unique à l'hectare par Land sera appliquée. Les résultats sont là. Les exportations croissent régulièrement au point que l'Allemagne dépasse désormais la France depuis deux ans. La rentabilité de l'industrie agro-alimentaire allemande repose sur les exportations vers l'Union européenne, alors que certaines sensibilités agricoles françaises voudraient se limiter au seul marché national.
Cette recherche de compétitivité n'est pas incompatible avec la protection de l'environnement. Il faut savoir que les taxes sur le carburant agricole sont beaucoup plus importantes en Allemagne qu'en France.

L'Etat fédéral a-t-il une vraie politique de renforcement des filières agricoles et alimentaires ?

Même s'il y a une différence d'approche et d'orientation dans la politique agricole des Länder, il y a une recherche d'optimisation et de consensus sur deux domaines clefs : la compétitivité d'une part et l'exportation et la recherche pérenne de parts de marché supplémentaires d'autre part. C'est la raison pour laquelle le budget fédéral attribue au Ministère de l'agriculture entre 5 à 7 milliards d'euros par an.
J'ajoute qu'il m'est apparu très clairement que la vision du syndicalisme agricole me semble beaucoup plus consensuelle et rationnelle qu'en France ; l'idéologie ayant cédé la place au pragmatisme.

La France pourrait-elle s'inspirer du cas allemand et de quelle manière ?

Bien entendu, nous pouvons en tirer des leçons, même si nos modèles agricoles ne sont pas comparables. Nous avons des productions plus diversifiées et à plus forte valeur ajoutée, ce qui peut nous protéger d'une certaine manière de la volatilité des prix. L'Allemagne a été très affectée par la crise du lait mais sa compétitivité l'a mieux protégée. Ces réserves faîtes, je vois plusieurs enseignements dont nous devrions nous inspirer.
Tout d'abord, notre agriculture devrait se tourner plus qu'elle ne le fait vers la production d'énergie et de matières premières. Depuis la loi sur les énergies renouvelables à la fin des années 90, les producteurs allemands tirent une part de plus en plus importante de leur revenu de ces activités, notamment la méthanisation. Leur revenu est ainsi moins dépendant de la volatilité des prix agricoles.
Un autre enseignement est la profonde restructuration des exploitations agricoles dans certaines filières et dans certains länder. Les coûts fixes y sont globalement inférieurs, sans que cela se résume à une course au gigantisme.
Enfin, il faut cesser de considérer le mot « productivité » comme un mot tabou. Cela doit rester un des grands objectifs de la PAC. Le modèle agricole de demain ne doit pas se fixer pour unique horizon le marché national. L'exportation doit être notre ambition. L'Allemagne a ainsi accru sa production laitière - et ses exportations - en 2009, alors que la France la diminuait pendant la crise. La France exporte sur le marché européen 7 milliards d'euros de produits laitiers transformés et en importe parallèlement pour 600 millions… Attention à ne pas voir demain ces parts de marché prises par nos voisins allemands.

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