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Trois questions à Henry-Hervé Bichat « La France peut tripler sa production de biomasse d’ici 2050 »

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Henry-Hervé Bichat, ancien directeur général du Cirad et de l’Inra, anime le groupe « biomasses et énergies » de l’association Prospective 2100. Celui-ci réunit industriels (Sofiprotéol, Dalkia, Procethol…), représentants des institutions et d’organismes de recherche (CEA). Objectif : évaluer la place que pourrait tenir la biomasse dans les bouquets énergétiques des décennies à venir. Un premier rapport portant sur l’horizon 2050 vient d’être publié (disponible sur le site Internet de l’association Prospective 2100).

La population mondiale doit atteindre les 9 milliards en 2050, la demande en énergie devrait donc exploser. Les énergies renouvelables sont appelées à prendre de l’ampleur. Quelle est la situation pour la biomasse ?
Henry-Hervé Bichat : D’ici 2050, le PIB mondial devraient être multiplié par 4 selon les experts. Dans le même temps, la consommation énergétique devrait quant à elle doubler, compte tenu d’une amélioration importante de l’efficacité énergétique. Or, pour beaucoup, cette augmentation de la consommation énergétique doit passer principalement par le développement des énergies renouvelables pour limiter la production de gaz à effet de serre. Selon nos estimations, indépendamment des prix de l’énergie et des matières premières, et en tenant compte des besoins alimentaire, il serait possible de doubler la production énergétique mondiale à base de biomasse en 2050 qui passerait ainsi de 1,1 à 2,3 Gtep/an. La biomasse continuerait donc de peser pour 10% de l’énergie primaire. Il sera difficile d’aller au-delà. Il faut noter de fortes disparités selon les régions du monde. La production d’énergie à partir de biomasse devrait rester stable en Afrique, doubler en Asie, tripler dans les pays de l’OCDE et quadrupler en Amérique latine.

Dans cette nouvelle donne énergétique, quelles parts respectives prendraient les biomasses forestières et agricoles ?
La principale progression serait à mettre au crédit des cultures énergétiques dont la contribution passerait de 30 Mtep à 680 Mtep. La biomasse forestière représente aujourd’hui 1Gtep par an. Nous estimons qu’elle pourrait contribuer à 1,47 Gtep/an en 2050. Il sera très difficile de doubler le volume de biomasse forestière destinée à l’énergie même en exploitant mieux les forêts, les sous-produits et les déchets de bois.

En France, la biomasse représente actuellement 4,6% de l’énergie primaire consommée, ce qui correspond au deux tiers des énergies renouvelables. Quelle sera la situation en 2050 ?
Il est possible, selon nous, de multiplier par trois la production française – en maintenant les écosystèmes en bon état – grâce à une intensification de la production forestière, à une meilleure valorisation des sous-produits de cultures et en réduisant nos exportations pour valoriser nos produits sur place. Il n’est pas réaliste de penser pouvoir aller au delà de 35 à 40 Mtep/an d’ici 2050 (contre 12,5 Mtep aujourd’hui). Cela suppose déjà de mobiliser 5 millions d’hectares cultivés sous forme de cultures dédiées dont les deux tiers consacrés aux biocarburants. Ces biocarburants devraient atteindre 10 Mtep/an en 2050 contre 2 Mtep/an en 2010. La France devrait donc être en mesure d’atteindre 20% d’énergies renouvelables dans son bouquet énergétique comme prévu par l’Union européenne.

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