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UE/Produits laitiers La frilosité du consommateur préoccupe l’industrie laitière de l’UE

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A côté du bilan de santé de la PAC et de la « durabilité » de la production des industries laitières, l’évolution du marché des produits laitiers et notamment le comportement de la demande des consommateurs ont été au centre de débats du congrès 2008 de l’European Dairy Association (EDA- Association européenne de l’industrie laitière) qui s’est tenu le 17 octobre à Porto (Portugal). Sur la base d’une étude menée par le consultant IRI France sur le comportement des consommateurs français, les quelque 250 participants, venus de la plupart des Etats membres de l’UE, ont pu constater que, suite à l’inflation des prix alimentaires depuis décembre 2007, les ménages ont été amenés à faire des arbitrages entre types de commerce, types de marques et types de produits. Ce qui a fait dire à Veijo Meriläinen, le président de EDA, « le comportement des consommateurs européens engendre un grand doute pour les industriels laitiers et auquel ils n’ont pas encore trouvé de réponse satisfaisante».

L’enquête de l’IRI a relevé les effets de l’augmentation des prix des produits laitiers sur le comportement des consommateurs français de décembre 2007 à août 2008. La question qui était posée était la suivante : comment allez-vous gérer vos achats alimentaires suite à la décision des grandes enseignes d’augmenter leurs prix suite à l’inflation des prix des matières premières agricoles ? 10 % du panel a répondu qu’ils allaient « réduire leur consommation », 40 % qu’ils allaient « réorienter leur consommation sur d’autres produits» et 50 % qu’ils allaient « ne rien faire » (soit qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre soit qu’ils avaient les moyens de supporter les augmentations de prix). L’étude précise que les prix de l’ensemble des produits laitiers ont augmenté en gros de 10 % dès décembre 2007 (+ 15 % pour le lait et le beurre et + 7 % pour les produits frais) et que cette tendance a persisté jusqu’à l’été 2008. Cette inflation des prix aurait été plus forte sur les marques de distributeurs et sur les « premier prix » (hard discount), notamment pour le lait et le beurre (+ 13 % pour les marques nationales et + 20 % pour les produits « premier prix »). Ces augmentations de prix auraient eu un impact important sur le comportement de consommation de 20 % de l’ensemble des consommateurs français et jusqu’à 25 % sur certaines familles avec enfants.

Paraphrasant le slogan du président Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus », Jacques Dupré, d’IRI France, estime que durant les 8 premiers mois de 2008, les consommateurs français « ont dépensé plus pour consommer moins ». Ils auraient en effet déboursé en 2008 quelque 6 % de plus qu’en 2007 alors que leurs revenus sont restés bloqués. Alors qu’ils auraient dû augmenter leur consommation de quelque 12 %, ils ne l’auraient fait qu’à concurrence de 8 % selon les calculs de l’IRI. Ils ont donc dû composer avec la nouvelle réalité « soit en consommant moins soit en consommant moins cher ».

Le hard discount se fait une santé grâce à l’inflation

L’étude montre aussi que dès qu’il y eu inflation des prix des produits laitiers en décembre 2007, la valorisation des produits Selon l’IRI, la dynamique des marchés se fait notamment par une valorisation des produits et par une montée en gamme de la consommation., qui tourne normalement autour de 1,5 %, se serait calmée et on assisterait aujourd’hui à une dévalorisation de la consommation qui se traduit essentiellement par un changement dans le circuit de distribution, un changement des types de marques et un changement de produits. Le changement de circuit de distribution se serait traduit par un fort développement du hard discount qui a frisé les 10 % alors que depuis 2006 sa progression avait tendance à être freinée. Mais, selon Jacques Dupré, ce développement musclé ne serait « qu’artificiel car basé essentiellement sur une augmentation des prix opérée par les hard discounters eux-mêmes ». En revanche, le développement de la consommation en volume du hard discount est quant elle bien réelle (+ 1 point de part de marché) alors que l’on note une baisse pour ce qui est des grandes surfaces alimentaires.

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Quant au développement des marques de distributeurs (MDD), les enquêteurs notent que alors qu’habituellement les MDD gagnent entre 0,5 et 0,7 points de part de marché, celles-ci auraient augmenté de 2 points depuis l’inflation des prix à partir de décembre 2007 (notamment pour la marque Repère).

Concernant le changement de produits dans la consommation des ménages, l’étude de l’IRI montre que, devant l’inflation des prix, les Français ont dû faire des arbitrages entre les différents produits sur le marché. Si par exemple les achats de farines ont augmenté de 7 % en volume, ceux du lait et des œufs ont stagné tandis que ceux du beurre ont connu une légère décroissance. Seules les boissons alcoolisées ont résisté à la baisse de la consommation des ménages. Concernant les fromages, si les pâtes fraîches (camembert) et l’emmental ont résisté à la baisse de consommation, les bleus (roquefort), plus chers, ont beaucoup plus souffert, de même que les fromages pour enfants et les fromages frais. Quant aux ultra-frais, « avec une baisse de consommation de 5 %, ils auraient pris l’inflation des prix en pleine figure », selon Jacques Dupré qui note également que pour tous les produits ultra-frais on a assisté à un fort développement du hard discount.