À l'ordre du jour des ministres de la santé des Vingt-huit et du Parlement européen, les réflexions en cours sur la stratégie de l'UE en matière d'alcool inquiètent les organisations agricoles. Celles-ci dénoncent les conclusions d'un document d'orientation émanant d'experts nationaux réunis par la Commission de Bruxelles.
La nécessité, ou non, d'élaborer une nouvelle stratégie de l'UE pour lutter contre les dommages liés à l'alcool a fait l'objet le 20 avril d'un échange de vues informel des ministres de la santé des Vingt-huit réunis à Riga à l'invitation de leur homologue letton, dont le pays préside le Conseil de l'Union. La discussion a essentiellement confirmé l'importance des priorités de la stratégie actuelle qui porte sur les prix et taxes, la commercialisation et les restrictions, les mesures législatives contre l'alcool au volant et la sensibilisation de l'opinion publique. Le ministre letton, Guntis Belevics, a estimé par ailleurs que l'indication des ingrédients et calories sur l'étiquette des boissons alcoolisées pourrait jouer un rôle dans la lutte contre le surpoids. Une telle obligation est du ressort des États membres, a rappelé le directeur général général de la santé et la sécurité à la Commission de Bruxelles, Ladislav Miko, qui s'est félicité de la décision volontaire des brasseurs européens de procéder à cet étiquetage, dans un souci de transparence vis-à-vis des consommateurs.
Un risque de pénalisation de la consommation modérée
Dans une lettre adressée le 17 avril au ministre letton de la santé, le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l'UE) critique sévèrement un document de réflexion présenté aux Vingt-huit par le Comité de politique et d'action nationales en matière d'alcool (Cnapa) établi depuis 2007 par la Commission de Bruxelles et composé de délégués nationaux nommés par les États membres.
Ce texte, déplore-t-il, préconise une nouvelle stratégie de l'UE qui « ne concerne pas l'abus d'alcool mais la consommation d'alcool dans son ensemble, pénalisant ainsi les consommateurs modérés de vin et de spiritueux ».
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Le Copa-Cogeca conteste les différentes propositions du Cnapa, à savoir : une stratégie « totalement nouvelle en dépit de l'évaluation positive de celle existante » ; des exigences d'information alimentaire (ingrédients, nutrition) « sans lien direct ou indirect » avec la lutte contre l'alcoolisme ; des mesures « incompatibles » avec la législation de l'UE et les règles de la Pac (restrictions des ventes transfrontalières légales, prix unitaire minimum, réduction de la teneur des boissons en alcool, remise en cause des mesures de soutien de la viticulture).
La Commission de Bruxelles devra répondre, le 27 avril à Strasbourg, à une question des eurodéputés à propos de la stratégie de l'UE pour aider les États membres à réduire les dommages liés à l'alcool. Les parlementaires veulent savoir si elle « compte présenter des propositions en vue d'une nouvelle stratégie contre l'alcool », et si elle « peut expliquer pourquoi elle n'a pas encore publié un nouveau rapport distinct sur l'application aux boissons alcoolisées de l'obligation de fournir la liste des ingrédients et des informations nutritionnelles », alors que le règlement de 2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires « prévoyait qu'un tel rapport serait rédigé au plus tard en décembre 2014 ».
Un Conseil informel des ministres de la Santé devrait se tenir prochainement, sous présidence lettone, pour discuter d'éventuelles mesures restrictives de la consommation de vin au nom de la santé. En préparation de ce Conseil, un groupe d'experts des États membres a émis des recommandations tendant à confondre consommation à risque et consommation courante, a indiqué le délégué général de l'UMVin (le syndicat des négociants en vin), Nicolas Ozanam, le 14 avril lors d'une rencontre de presse. Ces recommandations pourraient être considérées comme la future stratégie de l'UE sur la consommation de boissons contenant de d'alcool.« Pour nous c'est une vraie préoccupation ». En effet, les conséquences de ces éventuelles orientations pourraient être la restriction de la publicité pour le vin, l'instauration de prix minimums pour le vin, voire la réduction des soutiens au secteur viticole, a évoqué le dirigeant de l'UMVin.