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Emballages plastiques La grande distribution européenne s'inquiète d'une proposition sur les emballages

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La commission de l’environnement du Parlement propose d’élargir l’interdiction sur le marché des emballages plastiques aux sacs en plastique très légers, aux produits contenant des plastiques oxo-dégradables (1) ainsi qu’aux emballages de fast-food en polystyrène expansé. Des propositions qui ont le don d'irriter la grande distribution.

Pour remédier au problème des matières plastiques qui représenteraient quelque 85% des déchets marins, la Commission européenne a présenté en mai 2018 une proposition de directive visant à cibler la dizaine de produits en plastique à usage unique les plus présents sur les plages et dans les mers européennes (2). On retrouve en effet des résidus plastiques dans les espèces marines, comme les tortues, les phoques, les baleines et les oiseaux, mais aussi dans les poissons et les coquillages, et donc in fine dans la chaîne alimentaire humaine.

Dans les amendements à cette directive adoptés le 10 octobre par la commission de l’environnement, les eurodéputés ont ajouté à la liste de la Commission européenne les sacs en plastique très légers, les produits contenant des plastiques oxo-dégradables ainsi que les emballages de fast-food en polystyrène expansé.

Ils recommandent aussi que la consommation de plusieurs autres produits – pour lesquels il n’existe pas d’alternative – soit réduite par les États membres de façon « ambitieuse et durable » d’ici 2025. Parmi ces produits, on trouve notamment les emballages à usage unique pour les burgers, les sandwichs, les fruits, les légumes, les desserts ou les glaces. Les États membres devront également proposer des plans nationaux pour encourager l’utilisation de produits adaptés à un usage multiple, ainsi que la réutilisation et le recyclage.

D’autres produits, comme les bouteilles en plastique, devront être par ailleurs être collectés séparément et recyclés à 90 % d’ici 2025. Last but not least, les fabricants devront prendre en charge une partie des frais de gestion et du nettoyage des déchets et des coûts liés aux mesures de sensibilisation concernant notamment les récipients pour aliments, les sachets et emballages (chips et sucreries notamment) ainsi que les récipients en gobelets pour boissons.

« Les eurodéputés se trompent de cible ! »

La proposition de directive de la Commission européenne, amplifiée par les amendements apportés par les eurodéputés ne font qu’exacerber l’attitude du secteur de la grande distribution européenne qui se dit une nouvelle fois persécuté. « En dépit des vives préoccupations exprimées par les acteurs de l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, la proposition de la Commission et les amendements parlementaires ne parviennent pas à atteindre les bons objectifs en matière de réduction des déchets. La plupart des amendements proposés préconisent des solutions simplistes qui ne contribueront en rien à prévenir la présence de produits en plastique dans l'environnement », a par exemple déploré Christian Verschueren, le directeur général d’EuroCommerce, le lobby des détaillants et du commerce de gros.

Celui-ci regrette que les amendements parlementaires ne soient pas suffisamment ciblés : "Il est étonnant de voir autant de mesures proposées dans cette directive et dans les amendements du Parlement européen, mais combien peu s'attaquent réellement aux déchets. C'est comme si les objectifs fondamentaux de cette directive s'étaient perdus quelque part dans le débat politique. C'est une occasion manquée pour l'Europe pour trouver de vraies solutions aux problèmes de pollution des déchets plastiques."

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Ce que dénoncent en particulier les distributeurs est le fait que le rapport de la commission parlementaire s'appuie, selon eux, « presque exclusivement sur la responsabilité élargie des producteurs pour financer les coûts de nettoyage, qui étaient auparavant pris en charge par les autorités locales ». Ils font observer également que les amendements parlementaires « non seulement se traduiront par des coûts massifs supplémentaires mais qu’ils n'auront probablement pas d'effet sensible sur la réduction des déchets plastiques ». Et si, d’une manière globale, la Commission européenne estime que sa proposition de directive initiale pourrait coûter aux détaillants, jusqu'à 10 millions d'euros supplémentaires, le lobby de la distribution européenne considère, de son côté, « qu'il s'agit là d'une estimation plutôt modeste et que, quel que soit le coût final pour le secteur et pour les consommateurs qui devront payer davantage, il y a peu de certitude que la proposition de directive et ses amendements puissent modifier le comportement antisocial des consommateurs et les empêcher de jeter les déchets plastiques dans la nature. Dans l'état actuel de la proposition, notre secteur ne voit aucune chance d'y parvenir ».

L’industrie alimentaire affiche son intention de s’adapter

Si la grande distribution boude copieusement la proposition de directive et les amendements parlementaires, l’industrie agroalimentaire de l’UE semble vouloir adopter une stratégie opposée et affirme envisager de s’adapter en prenant des engagements propres. FoodDrinkEurope, son porte-voix à Bruxelles, a par exemple présenté une feuille de route sur l'emballage durable, lors d'un événement sur la mise en œuvre de la stratégie européenne en matière de plastiques au Parlement européen, en présence de membres de la commission de l’environnement, de responsables politiques et de représentants de l'industrie.

La feuille de route comprend en particulier l'amélioration de la conception des emballages, le soutien actif à la collecte, au tri, au recyclage ainsi que la sensibilisation des consommateurs. Elle contient en outre des recommandations à l'intention des décideurs politiques « dans le but de travailler ensemble pour rendre les emballages des aliments et des boissons plus durables ». Mella Frewen, directrice générale de FoodDrinkEurope a déclaré à ce propos : "En tant qu'utilisateur majeur d'emballages, l'industrie alimentaire et des boissons reconnaît pleinement qu'elle a une part de responsabilité quant à l'impact des emballages qu'elle met sur le marché européen. Les fabricants européens de produits alimentaires et de boissons s'investissent pleinement dans le développement de solutions à ce défi, ce qui se reflète dans notre feuille de route ».

ar oxydation sous l’action de l’environnement ou de catalyseurs de dégradation.

 

(2) Cotons-tiges, fourchettes, couteaux, cuillères, baguettes, assiettes, pailles, touillettes et bâtons de ballons.