Abonné

Aviculture La grippe aviaire a frappé une filière déjà en difficulté

- - 4 min

La filière avicole était déjà en difficulté avant d’être frappée par les conséquences de la grippe aviaire sur la consommation de volailles. C’est ce que rappelle une étude des services statistiques du ministère de l’agriculture (SCEES) publiée dans le bulletin Agreste Primeur d’avril. Une analyse qui laisse penser que la sortie de la crise aviaire ne signifiera pas pour autant un retour aux beaux jours.

Avec une baisse de production depuis 1999, des entreprises plutôt en difficulté et des exportations mises à mal, la filière avicole avait de quoi souffrir avant même d’être touchée par les conséquences de la grippe aviaire.

Dans une analyse du secteur avicole français (dont 60 % de la production est concentrée en Pays-de-Loire et Bretagne), les statisticiens du ministère de l’agriculture replacent cette crise dans un contexte plus ancien. Après avoir été la star durant les années quatre-vingt-dix, presque toute l’économie avicole (sauf la filière fois gras) se retrouve en perte de vitesse depuis. À tel point que la sortie de la crise aviaire ne signifiera sans doute pas le retour des beaux jours pour les 24 000 éleveurs professionnels et 160 entreprises qui y travaillent. Portée par sa réputation de viande saine, non grasse et bon marché, la production de cette viande blanche avait doublé entre 1980 et 1998. En 1998, la production atteignait un pic de 2,32 millions de tonnes équivalent carcasse. Pour la consommation, l’apogée s’est situé en 2001 (1,58 million de tonnes) avec une diminution ensuite.

Les beaux temps de l’exportation

C’était, aussi, les beaux temps de l’exportation. En 1998, les ventes à l’étranger absorbaient 40 % de la production du pays, moitié à destination de l’Europe, moitié pour les pays tiers, dont le Moyen Orient. Depuis ce temps tout a bien changé. Les accords du Gatt (l’OMC de l’époque) ont forcé l’Europe à réduire ses subventions à l’exportation et la meilleure productivité, indéniable, de la filière, n’a pas réussi à compenser cette diminution. Si l’on ajoute à cela des prix moins stables, une certaine saturation de la consommation, on obtient une équation bien moins vertueuse : la production est passée en 2005 sous les 2 millions de tonnes dont un tiers seulement est exporté.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

consommation
Suivi
Suivre
influenza aviaire
Suivi
Suivre

Brésil et Thaïlande

Les débouchés extérieurs, au Moyen orient surtout, se sont réduits, parfois au profit de nos concurrents du Brésil ou de la Thaïlande. Ces deux pays sont également devenus de gros importateurs vers l’Europe, en produits destinés à être transformés. Ils ont également profité d’une faille dans la nomenclature douanière leur permettant d’être moins taxés qu’ils ne l’auraient dû. « En 2005, note le bulletin d’Agreste, les exportations de viandes de volailles sont en volume deux fois et demie supérieures aux importations. Elles étaient trois fois plus importantes en 2004, cinq fois plus en 2000, près de huit fois en 1990 et quinze fois supérieures aux quantités importées en 1980».

Ballon d’oxygène

Le résultat des entreprises de transformation a été à l’avenant. En 2004, note le ministère de l’agriculture, le résultat comptable des entreprises a été négatif. Le taux de rentabilité, qui était systématiquement supérieur à celui des entreprises d’autres produits carnés, est devenu inférieur.

La filière volaille a bien bénéficié d’un ballon d’oxygène grâce au report de consommation lors de la crise de la vache folle, mais ce fut de courte durée. Et la crise de confiance des consommateurs, c’est la filière volaille qui la connaît aujourd’hui. Avec des hauts et des bas dont il restera forcément des traces.

Repères 24 000 éleveurs professionnels Sur les 24 000 élevages professionnels recensés par le SCEES, environ 12 000 élèvent des poulets, près de 5 000 des dindes, 3 500 des pintades et un peu plus de 2 000 des canards à rôtir. La filière foie gras compte un peu plus de 5 000 éleveurs tandis que 2 400 producteurs sont spécialisés dans la production d’œufs. Près de 1 100 exploitations produisent des œufs à couver de toute espèce et 120 accouveurs professionnels livrent des poussins aux éleveurs.