Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a tenté d'apaiser la grogne des producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux, réunis en congrès les 19 et 20 février à nantes. Des réponses leur ont été apportées sur la réforme de la Pac et les contraintes environnementales. Elles restent « très partielles », aux yeux d'Orama.
« Oui les céréaliers sont un peu sonnés par la réforme de la Pac », a reconnu le président du syndicat des grandes cultures Orama, Philippe Pinta au Sommet du Végétal le 20 février à Nantes. « Nous appelons à un sursaut de compétitivité », dit-il, via un pacte. Stéphane Le Foll lui a répondu point par point, sans toutefois apaiser des congressistes très remontés contre l'accumulation de règles environnementales. A propos de la nouvelle contrainte touchant l'utilisation d'engrais sur les terrains en pente, il a promis de « tout faire pour améliorer l'application de la directive nitrates » et « éviter d'exclure des terres ». Une « centaine de milliers d'hectares » pourraient en l'état devenir des jachères, a dénoncé de président de la FNSEA Xavier Beulin. Plus concrètement, le ministre de l'Agriculture a validé une méthode, dite Azur, comme élément de réponse à Bruxelles sur la qualité de l'eau. L'objectif, d'après Orama, est de répondre aux exigences environnementales en zones de captage prioritaire grâce notamment au fractionnement des apports d'engrais azotés.
Une MAE pour les zones intermédiaires
L'Union des grandes cultures a rappelé son slogan « produire plus, produire mieux », utilisé par François Hollande le 14 janvier en conférence de presse. D'après elle, les producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux sont « pénalisés » par la nouvelle Pac. Son souhait est d'assouplir le verdissement des aides, notamment l'obligation de respecter les contraintes des Surfaces d'intérêt écologique (SIE). Le ministre de l'Agriculture a dit mener une action avec l'Allemagne pour les contester auprès de la Commission. Il a aussi annoncé une Mesure agroenvironnementale (MAE) pour les zones intermédiaires : une aide cofinancée par l'Europe pour les régions qui n'ont pas de forts rendements. Autre revendication satisfaite, celle d'une assurance récolte, qui sera proposée en septembre prochain.
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Stéphane Le Foll s'est dit favorable à l'accord interprofessionnel sur l'amélioration du taux de protéine du blé tendre, pour une mise en œuvre dès la prochaine campagne. Enfin, le débat sur les OGM sera relancé. Une date a été fixée par le ministre au 29 avril, dans le cadre du Haut Conseil des Biotechnologies. « Chacun amènera ses arguments, en mettant en balance les avantages et désavantages, les coûts et les bénéfices », a-t-il lancé, en soulignant l'émergence d'un débat même parmi les anti-OGM sur l'intérêt de produits transgéniques comme un riz enrichi en vitamine A. La recherche, l'innovation font d'ailleurs partie d'un « contrat de confiance » que le ministre propose sur les années à venir. Un contrat qui comprendrait aussi des éléments sur la performance économique, environnementale, sociale et territoriale, la compétitivité, le lien entre céréalier et éleveur.
« O n se bat pour faire entrer dans la Constitution un principe d'innovation », a déclaré le président de la FNSEA Xavier Beulin, en annonçant la publication « dans quelques jours » d'une tribune sur le sujet avec l'« espoir d'obtenir des signatures hors du monde agricole ». Selon lui, le président François Hollande ne serait pas opposé à l'idée. Le professeur à Sciences Po Dominique Reynié l'a également défendue en tant que grand témoin au Sommet du Végétal. « Le principe de précaution aujourd'hui dans la Constitution est une espèce de poison qui lentement se diffuse », a-t-il affirmé, regrettant un changement d'état d'esprit en France qui amène à « s'arrêter devant le risque ». D'autres arguments ont été apportés lors d'une table ronde sur le thème : « Innover pour être compétitif ». Le directeur général adjoint de Sofiprotéol Michel Boucly a estimé que « l'innovation est le pendant indispensable au principe de précaution ». « Il y a un problème majeur, qui est de regarder le risque en valeur absolue, pas en valeur relative, sans considérer le risque de ne pas bouger », a-t-il souligné.
Tout cela laisse Orama sur sa faim. Dans un communiqué, l'union estime que Stéphane Le Foll a répondu « très partiellement » à son plan de compétitivité et demande une concrétisation « dans les prochaines semaines ». « Des questions importantes restent pendantes, en matière de redistribution des aides par exemple, et la portée des réponses du ministre dépend du rythme et des modalités de leur mise en œuvre », souligne le communiqué.