Face aux demandes de plusieurs Etats membres de l’UE, dont la France, l’Europe devrait bientôt renoncer à la jachère obligatoire. La commissaire européenne à l’agriculture Mariann Fischer Boel a proposé, juste avant le Conseil agricole de Bruxelles le 16 juillet, de fixer à zéro le taux de gel obligatoire pour la prochaine campagne. Une proposition formelle sera adoptée par la Commission fin août. Elle devrait ensuite être validée rapidement par les Vingt-sept qui y sont favorables à une très large majorité. Lors du bilan de santé de la Pac, l’an prochain, le gel obligatoire des terres reviendra sur la table pour des discussions plus approfondies cette fois et une éventuelle suppression définitive. Bruxelles est favorable à cette suppression qui va dans le sens d’une libéralisation totale du marché.
Encore quelques semaines et la jachère obligatoire aura vécu. Elle n’aura pas resisté au contexte général de hausse des prix des matières premières. La mesure de suppression est en effet perçue comme un moyen de tempérer cette hausse même si l’analyse montre que cet effet sera très limité (lire article "Un impact limité sur les prix des céréales"). En tout cas, la Commission européenne évalue entre 10 et 17 millions de tonnes le volume supplémentaire de céréales que les agriculteurs pourront produire en 2008 sur les terres jusqu’à présent soumises au gel obligatoire. Cela inclue 5,5 à 6 Mt de blé tendre, 3,5 Mt d’orge et 1 Mt de seigle. Un chiffrage optimiste.
Introduite à la fin des années 1980 pour limiter la production, la jachère a été fixée à partir de 2000 et pour dix ans, à 10 % des terres. Elle porte aujourd’hui sur 3,8 millions d’hectares répartis dans les quinze anciens Etats membres de l’UE auxquels s’ajoutent Malte et la Slovénie. Les nouveaux Etats membres qui ont opté pour le régime de paiement unique à la surface ne sont pas concernés. Bruxelles table sur une remise en production d’environ 2 millions d’ha, 0,9 million ha restant en jachère et un peu moins d’un million d’ha étant déjà consacrés à des cultures énergétiques. Déjà, lors de la campagne 2004/05, le taux du gel obligatoire avait été ramené temporairement à 5 %, afin de permettre aux agriculteurs de produire davantage.
Un peu d’air au marché
La mise entre parenthèse de la jachère obligatoire pour les semis de l’automne 2007 et du printemps 2008 devrait donc donner un peu d’air au marché, « assez tendu », selon la commissaire à l’agriculture Mariann Fischer Boel, du fait d’une récolte médiocre en 2006 (265, 5 millions de t), de perspectives aléatoires pour la campagne actuelle (270 Mt attendus) Voir n°3112 du 09/07/07 et d’une augmentation des demandes pour la fabrication de biocarburants.
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Toutefois, précise la commissaire, cela « doit être considéré comme une réponse ponctuelle à la tension régnant sur le marché ». Et d’ajouter que les agriculteurs pourront s’ils le souhaitent « continuer à mettre une partie de leurs terres en jachère ».
Une large majorité d’Etats membres de l’UE devrait appuyer la proposition de la Commission une fois qu’elle sera formellement adoptée par le collège, probablement à la fin du mois d’août. La Suède, l’Allemagne et la France ont réclamé cette mesure, soutenues par l’Autriche, le Danemark, Malte, l’Espagne et la Belgique. Les seules réticences sont venues de la Slovaquie, soucieuse de l’impact sur l’environnement de la suppression des jachères, et de la Pologne qui aurait préféré que cette question ne soit pas abordée avant le bilan de santé de la Pac en 2008.
« Réexamen en 2008 »
Mariann Fischer Boel a en partie répondu à ces deux délégations en assurant que la question de la jachère reviendrait sur la table des ministres de l’agriculture en 2008, dans le cadre plus général des discussions sur la réforme de la Pac et du « réexamen de la politique céréalière ». La commissaire s’est aussi engagée à entamer des discussions avec les organisations non gouvernementales de protection de la nature et notamment celles qui défendent les oiseaux. « Il faudra discuter du volet environnemental de la jachère », a-t-elle convenu.