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FINANCEMENT/COOPÉRATIVE « La levée de fonds de Siclaé constitue un geste fort dans notre démarche coopérative »

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Le groupe Siclaé clôture ce vendredi sa deuxième levée de fonds. En s'appuyant sur ses positions de leaders, tant en malterie avec Malteurop, en meunerie-boulangerie-pâtisserie avec NutriXo ou en maïs avec Kalizea, Siclaé a défini ses grands axes de développement. Avec le blé, le malt et le maïs, Il compte bien accroître sa création de valeurs. Et tourner la page d'un passé récent où, majoritaire à 54% chez NutriXo, il ne maîtrisait pas tous les paramètres de gestion ! Après une phase de croissance (2005-2009), Siclaé achève donc sa phase de structuration (2009-2013) pour aborder celle d'un nouveau développement (2014-2020). Pascal Prot, président de Sicom, le commandité de Siclaé explicite pour Agra alimentation cette stratégie.

NOUS voulons porter des solutions nouvelles vers des marchés à plus forte valeur ajoutée, aller vers encore plus d'innovations notamment en termes d'ingrédients, générer 350M€ de “free cash flow” d'ici 2018 et consolider nos positions de leadership, soit seul ou en association avec des leaders », expliquait Alain Le Floch, directeur général de Vivescia et président du conseil de gérance de Siclaé à l'occasion de l'assemblée générale.

Ce 28 octobre dernier à Reims, le groupe Siclaé présentait en effet sa stratégie pour la période 2014-2020 et lançait sa deuxième augmentation de capital destinée à « financer les développements à venir ». « Il nous faut penser loin, anticiper le futur et surtout accroître notre présence sur les marchés émergents », lançait ainsi Alain Le Floch. Et si 15% du chiffre d'affaires sont actuellement réalisés à partir de ces marchés émergents (notamment Asie et Afrique), Siclaé se fixe désormais le challenge ambitieux de doubler ce chiffre d'ici 2018.

UN APPEL PUBLIC À L'ÉPARGNE

Société en commandite par actions, Siclaé a lancé une émission d'obligations convertibles en actions nouvelles pour un montant nominal d'environ 70 millions d'euros, « susceptible d'être porté à un montant nominal maximal d'environ 80M€ ». C'est la deuxième levée de fonds de cette toute jeune société créée en 2005 valorisant les productions végétales des 12 000 adhérents coopérateurs du groupe Vivescia à travers des outils industriels comme Malteurop, Nutrixo, Kalizea, Chamtor ou Soliance. « Aujourd'hui, les obligations ont pris le pas sur l'emprunt », explique Pascal Prot à Agra Alimentation en précisant : « Quand vous avez une belle génétique, vous attirez l'argent ! ».

De grands groupes alimentaires en ont fait la démonstration, qu'il s'agisse de Bel, de Lactalis, de Danone ou de Soufflet : tous ont préféré les obligations à l'emprunt ! Siclaé aurait pu se tourner simplement vers les financiers. « Nous avons choisi une méthode plus lourde. Nous nous sommes dits : si le produit est bon pour les financiers, il est bon pour nos adhérents et nos salariés. Mais il a fallu faire un appel public à l'épargne », commente Pascal Prot en rajoutant : « c'est un geste fort dans la validation de notre génétique coopérative ».

UNE ÉTAPE ESSENTIELLE DANS SA STRATÉGIE

La période de souscription a été fixée entre le 4 novembre et le 20 décembre 2013 inclus à échéance du 27 janvier 2021. Le prix unitaire de souscription a été fixé à 108€ par obligation et le taux de rendement actuariel annuel brut est de 5%/an, en l 'absence de conversion avec un taux d'intérêt annuel de 3,75% par an.

Cette émission d'obligations est réservée aux adhérents des groupes coopératifs actionnaires de Siclaé (Vivescia, EMC2, La Champagne, ValFrance…, aux salariés et retraités (environ 40 à 50 000 personnes), ainsi qu'aux actionnaires personnes physiques ou morales de Siclaé et à certains investisseurs financiers comme BPIFrance participations, Unigrains, Crédit Agricole du Nord-Est…).

Pour renforcer ses fonds propres, Siclaé avait déjà décidé en novembre 2009 une première augmentation de capital sous forme d'une émission en actions calculées. La nouvelle option choisie s'avère moins risquée pour les souscripteurs.

« Ce projet d'émission doit nous donner les moyens d'investir sur les projets du futur », déclarait Alain Le Floch, président de la co-gérance et directeur général de Vivescia le 25 octobre dernier.

L'amende infligée au cartel de la farine en mars 2012 (242 M€) n'a pas été sans conséquences sur les comptes de Siclaé qui a dû provisionner 53M€ au bilan.

Mais Siclaé veut regarder vers l'avenir. Pascal Prot souligne d'ailleurs qu'en reprenant la totalité du capital de NutriXo le 11 décembre 2012, leader français de la meunerie et acteur majeur du marché européen de la boulangerie viennoiserie pâtisserie, Siclaé amorçait une étape essentielle de sa stratégie de croissance sur le marché international de la panification.

De fait, le plan 2013-2018 présenté par Frédéric Duverger, nouveau directeur général de NutriXo, a été considéré comme « volontariste courageux et ambitieux ».

RENFORCER LES AXES STRATÉGIQUES

Parallèlement, Siclaé s'est restructuré. « En identifiant des activités qui n'avaient pas la performance souhaitée », le groupe s'est séparé d'activités moins rentables.

C'est ainsi qu'il a cédé deux moulins de la Grande Minoterie de la Méditerranée fabriquant notamment une gamme de semoules destinées aux industriels du couscous et des pâtes alimentaires. Cette activité rachetée par NutriXo en 2008 et destinée à 70% à Panzani, avait cumulé des pertes à hauteur de 8,5M€ en 2012.

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Par ailleurs, Siclaé s'est séparé en juillet 2013 de son activité de fabrication de pains surgelés implantée à Nivelles en Belgique et qui ne tournait qu'à 30% de ses capacités.

Enfin, Siclaé a cédé en octobre dernier sa participation de 25% qu'il détenait aux côtés d'Ineos Enterprises Ltd. Le groupe anglais de pétrochimie poursuivra la production de biodiesel à partir de colza dans cette usine de Baleycourt implantée près de Verdun (capacité de 400 000T/an) et où les emplois seront maintenus.

« Nous nous sommes fixés des objectifs prioritaires en termes d'investissements pour créer davantage de valeurs », précisait Alain Le Floch qui tient « à renforcer les axes stratégiques pour que la profitabilité soit au rendez-vous ».

DE GRANDES AMBITIONS À L'EST

Du côté de NutriXo, Frédéric Duverger a décidé un programme d'investissements qui « devraient être source de profits pour l'avenir ».

25M€ seront ainsi consacrés à la création d'une nouvelle ligne de croissants dans l'usine Délifrance de Romans-sur-Isère (avec une cadence de 71 000 croissants/heure) et qui permettra de ramener le coût de la main d'œuvre à moins de 5% du prix total du produit. L'objectif étant de produire 500 millions de croissants par an au plus vite sur le site de Romans.

Côté Malteurop, le N°1 mondial a de grandes ambitions à l'Est sur le marché du Kvas, une boisson maltée dont on estime le marché à plus de 20 000T/an. « Nous avons scellé un partenariat exclusif avec un institut de recherche russe pour la production d'un concentré destiné aux fabricants de Kvas ».

Selon Daniel Faguer, directeur général, Malteurop est totalement en cohérence avec la stratégie de Siclaé consistant à développer plus de valeur ajoutée… tout en sécurisant en parallèle sa position en Russie et en Ukraine.

Malteurop procède par étapes dans ce dossier : il a acquis les actifs du groupe Kostroma Extracts (25% de parts de marché) implanté au nord de Moscou qu'il est en train de moderniser avant d'envisager de transférer cette activités dans les installations russe de Malteurop.

NUTRIXO ET CHAMTOR À LA PEINE

Enfin dans le secteur de la maïserie-semoulerie, Siclaé veut sortir d'« un marché des commodités où il est soumis à une concurrence féroce » pour aller sur le marché des ingrédients où il espère apporter plus de valeur ajoutée aux produits. En effet, si la tonne d'ingrédients se commercialise à des tarifs variant entre 300 à 1000€/tonne, celui des commodités entre 80 à 150€/tonne et celui du pet food de 20 à 80€/tonne ! « La recherche-développement travaille sur de nouveaux produits qui devraient sortir dans quelques mois », a précisé Xavier Danet, directeur général de Kalizea.

Siclaé a réalisé sur l'exercice 2012-2013 un chiffre d'affaires de 2,455 Md € contre 2,038 Md € lors de l'exercice précédent. Mais la hausse du cours des céréales ainsi que la modification du périmètre rendent difficiles les comparaisons.

Siclaé emploie 6500 collaborateurs et dégage un résultat d'exploitation de 77 626K€ contre 83 854K€ et un résultat net de 6 148K€ contre 4 758K€. La marge brute d'autofinancement progresse de 97 449K€ à 99 156K€.

Au terme de cet exercice, les chiffres montrent NutriXo et Chamtor « à la peine ». Par contre, Malteurop, Kalizea (« avec une belle croissance en Pologne ») ainsi que Soliance réalisent de très belles performances sur l'exercice.