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Fruits et légumes, sucre, élevage La longue marche de l’agriculture marocaine vers la compétitivité

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Orienter l’agriculture marocaine vers les secteurs les plus rémunérateurs et peu « consommateurs » de terre, comme les fruits et légumes, le sucre et l’élevage se révèle être un défi pour le Maroc, confronté à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, ainsi qu’à une élévation des coûts du travail salarié et des standards internationaux de qualité.

Le Plan Maroc Vert (1), décidé en avril 2008, en pleine crise alimentaire mondiale, vise à « remettre à niveau » la rentabilité de l’agriculture marocaine, pour remédier à l’aggravation de la dépendance alimentaire du Maroc.
Ce Plan Maroc Vert (PMV) a pour objectif « de développer une agriculture moderne et à valeur ajoutée. Il ne suffit pas de produire de la quantité, il faut travailler aussi la qualité », a déclaré Abdeslam Bourfoune, chef de la division des productions végétales du ministère marocain de l’Agriculture, le 9 novembre, « Nous avons aussi des avantages comparatifs à faire jouer dans plusieurs secteurs exportateurs comme les agrumes, la tomate, l’olive de conserve et différents produits de terroir », a-t-il précisé.

Tomate : les producteurs prêts à exporter davantage

Le Maroc « a opté pour l’ouverture de son économie » au commerce international, a souligné Abdeslam Bourfoune. Cette option se concrétise notamment dans le secteur maraîcher, qui entend accroître ses positions à l’exportation.
« Pourquoi être limités par un contingent d’exportation comme nous le sommes ? », a demandé Naceur Farissi, président de la Comaprim, coopérative de production de tomates dans la région du Souss Massa, non loin d’Agadir, faisant allusion au contingent d’importations européennes de tomates marocaines. Pour lui, ce contingent bride le potentiel du Maroc, qui, s’il s’exprimait pleinement, libèrerait une production « bien plus importante » que celle qui existe actuellement.
Il a entendu parler des manifestations de producteurs de tomates espagnols et des grondements des maraîchers français face aux exportations marocaines. Ces manifestations sont « non fondées ». « Nous sommes en négociations avec l’Europe, nous essayons de nous défendre. Nous ne gênons pas la production française, parce que le contingent court d’octobre à mars », a-t-il justifié.
La Comaprim exporte des tomates de petits calibres et des tomates-cerises en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France. « Parfois nous vendons sur le marché de Saint-Charles (la plateforme européenne d’export-import de fruits et légumes de Perpignan) à des prix inférieurs aux prix de revient de la production française », a reconnu Naceur Farissi.

Manque de main d’œuvre qualifiée

Mais le défi principal pour la production de tomates du Maroc est à l’intérieur du pays. Les maraîchers ont du mal à trouver de la main d’œuvre qualifiée. « Les salariés sans qualification commencent leur vie professionnelle dans l’agriculture. Mais quand ils acquièrent une qualification, ils partent vers d’autres secteurs, comme le bâtiment ». Ceux qui restent évoluent malheureusement peu, déplore le président de la Comaprim. « Nous souffrons du manque de qualification. Je préfère avoir un salarié payé 150 dirham par jour (soit environ 15 euros) qui fait du bon travail qu’un salarié à 20 dirham (soit environ 2 euros), derrière lequel il faudra passer », a-t-il expliqué. On ne peut « pas se permettre de retrouver deux pieds de tomate sur 10 cassés ». Le maraîchage nécessite un vrai savoir-faire professionnel. Le palissage notamment est une opération délicate. « Au Maroc, nous n’avons pas assez de formation pour augmenter les qualifications, déplore Naceur Farissi. La meilleure façon d’augmenter les salaires est d’élever les niveaux de qualification ».
Les niveaux de salaires et la couverture tendent à s’aligner sur l’Europe, quoiqu’avec un décalage. « La protection sociale est nouvelle. Il y a quelques années encore, les employeurs ne versaient pas à la CNSS », la Caisse nationale de sécurité sociale marocaine. Peu à peu, les charges sociales prennent en compte la couverture de la retraite et de la maladie. Le président de la Comaprim a fait en outre état d’un « climat social tendu » depuis plusieurs années.
L’accroissement des coûts salariaux n’est pas propre au maraîchage. Les professionnels sucriers en font état : « La main d’œuvre coûte de plus en plus cher », a témoigné Ahmed El Aroui, directeur de la sucrerie de Sidi Bennour, ville située dans la région de Doukkala à 100 km au sud de Casablanca. Cette sucrerie est exploitée par la Cosumar, un des deux groupes sucriers du pays.

L’exportation d’agrumes soumise à Globalgap

Ces charges supplémentaires, qui affaiblissent la compétitivité marocaine, ne sont pas les seules. Les productions qui sont les plus liées au marché mondial, comme celles d’agrumes, n’échappent pas aux standards imposés par la grande distribution, comme Globalgap. Cette organisation mondiale gère un référentiel qui établit des normes techniques culturales, notamment sur le recours aux pesticides. Face à la mouche méditerranéenne et au pou californien (une espèce de cochenille), « nous allons développer la lutte biologique, d’abord sur 4 000 hectares », a affirmé le responsable du verger d’agrumes de la Copag (coopérative multi-produits de la région d’Agadir), qui produit principalement des clémentines.
« Le producteur est obligé de prouver qu’il respecte les normes de Globalgap. Nous avons à passer un audit interne, puis externe. Sans certification, pas de possibilité d’exporter », a-t-il conclu.
Toutes ces charges supplémentaires, qu’elles soient sociales ou sanitaires, poussent néanmoins le pays à progresser. Élever les niveaux de salaires incite les professionnels à automatiser leurs productions.
Déjà, le système des serres de tomates au Maroc n’a rien à envier au système français : l’hygrométrie est contrôlée selon les mêmes techniques, la protection contre les insectes est assurée essentiellement par la lutte intégrée, comme l’a expliqué Adil Mosaïd, ingénieur agronome salarié sur cinq exploitations maraîchères dans la région du Souss Massa. Même constat à la Copag, coopérative d’agrumes et de production laitière près d’Agadir, qui a adopté plusieurs technologies de pointe. La Copag dispose d’une machine qui remplit 40 000 pots de yaourts à l’heure, et de 14 sites comportant bâtiments de traite, de lavage et de traitement des eaux usées.

(1) voir Agra-Presse Hebdo n° 3 276 du 22/11/2010, page 22

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