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Euromaïs La lutte contre la chrysomèle de plus en plus mal vécue en Alsace

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Au cœur des préoccupations des agriculteurs alsaciens, la prolifération de la chrysomèle du maïs était l’un des principaux sujets de conversation des journées Euromaïs, qui se sont déroulées à Ostheim du 11 au 13 septembre. La filière craint les dégâts que peut causer la réglementation actuelle, fondée sur une volonté d’éradiquer l’insecte. Or, la diffusion de ce dernier a explosé cette année.

«Pour l’an prochain, j’ai pensé à semer de l’herbe et à retourner à l’usine ». Alsacien de 31 ans, Dominique Ritzenthaler s’est installé en juillet 2008 sur 140 hectares qu’il a repris à ses parents ainsi qu’à un cousin. Pour la récolte 2009, le jeune homme a continué la tradition familiale, semant 90 % de maïs en monoculture. Sauf qu’en août, des chrysomèles ont été découvertes non loin de ses parcelles. A l’exception de quelques hectares, celles-ci se sont toutes retrouvées en zone focus. Ce qui implique des traitements mais surtout l’abandon du maïs pour une campagne l’an prochain. Or, « je viens de m’installer, j’ai des dettes et je ne suis pas équipé pour faire du blé », explique l’agriculteur.
Entrer dans une logique de maîtrise de l’insecte
A Euromaïs, événement qui s’est déroulé à Ostheim, en Alsace du 11 au 13 septembre, il n’était pas le seul à se plaindre de la chrysomèle. Cette année, le niveau d’infestation a explosé. 202 insectes ont été piégés dans la région, contre 77 en Rhône-Alpes et 4 en Bourgogne. Plus personne ne se fait d’illusion sur la réalité de l’infestation. Pour Dany Muller, responsable commercial au Comptoir agricole, « si on avait eu plus de pièges, on en aurait trouvé partout ». Dans ces conditions, la stratégie d’éradication voulue par la Commission européenne et mise en musique par la France au travers d’une succession d’arrêtés ne convient plus. « Nous souhaiterions rentrer dans une logique de maîtrise de l’insecte, qui reposerait sur la technique », explique Thomas Thuet, président de la Coopérative agricole de Colmar (Cac).
Une filière locale tournée vers le maïs
Car la situation actuelle « génère une menace sur la filière maïs, qui n’est pas sans conséquence au niveau économique », estime Sylvain Waltisperger, responsable des ventes grandes cultures chez Armbruster. D’une part, « il y a des zones en Alsace où on ne sait pas faire autre chose », précise-t-il, notamment dans les terres séchantes. D’autre part, « les exploitants et les entrepreneurs ont du matériel spécifique au maïs, les éleveurs comptent sur l’ensilage et les OS ont investi dans des séchoirs », note Paul-André Foellner, directeur de la Cac. Se lancer dans d’autres cultures reste néanmoins possible. Installé sur 120 hectares à Sierentz, Nicolas Arbeit y est parvenu. Touché par la chrysomèle en 2003, il a vu ses 90 hectares de maïs placés en zone focus. Interdiction pour lui d’y refaire pousser la céréale pendant deux ans.
Des coûts de production supérieurs en blé
Le jeune exploitant, président des JA de son département, s’est donc lancé dans le blé, qu’il avait déjà cultivé auparavant, ainsi que dans le soja, nouvelle production. « On se lançait un sacré défi ! », décrit-il. En 2004, « ce qui nous a sauvé, c’est que c’était une bonne année à blé », se souvient-il. Echaudé par son expérience de 2003, Nicolas Arbeit a poursuivi la diversification les années suivantes. Mais lorsqu’il fait du blé, l’agriculteur ne s’en sort pas aussi bien qu’en maïs. Car les coûts de production sont plus élevés pour la céréale à paille et, sauf exception, les rendements ne sont pas du même ordre en maïs. Au niveau régional, « les débouchés pour d’autres cultures sont limités », estime Sylvain Waltisperger. Si l’entreprise de collecte Armbruster, tenue d’élargir le spectre de ses productions, a triplé en quelques années les surfaces de soja qu’elle collecte… celles-ci ne se montent toutefois qu’à 300 hectares.
S’exprimer d’une seule voix
Heureusement, du point de vue technique, la rupture de la monoculture ne semble pas être le seul moyen de lutter contre la chrysomèle (voir encadré). Reste à s’exprimer d’une seule voix sur le sujet. En Alsace, Bas-Rhin et Haut-Rhin ont du mal à faire front commun : avec 27 captures seulement, le premier département est beaucoup moins touché que le second, d’autant plus que l’insecte n’a pas atteint de zone très intensive. Il faudra ensuite convaincre la région Rhône-Alpes et la Bourgogne. Le sujet mobilise en tout cas de plus en plus les maïsiculteurs. Lors des journées maïs qui se sont déroulées à Cournon d’Auvergne les 16 et 17 septembre, Christophe Terrain, président de l’AGPM, a évoqué le « traumatisme que sème le parasite ». A la question « comment vivre mieux demain avec diabrotica ? », il a précisé qu’il attendait une réponse pour octobre.

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