Abonné

Relations commerciales La médiation sur le prix du lait avance timidement

- - 5 min

Le médiateur des relations commerciales a précisé les conditions de la mise en œuvre de l’augmentation du prix du lait. Les industriels et les coopératives ne sont pas satisfaits, mais proposent une avance de trésorerie aux éleveurs, en attendant un geste concret des distributeurs.

Francis Amand, le médiateur des relations commerciales, affirme que « la grande majorité des transformateurs se sont engagés à répercuter aux producteurs qu’ils collectent l’intégralité des hausses de tarifs acceptées par leurs clients distributeurs », dans un communiqué du 15 mai 2013.
Mais la veille, le 14 mai, la Coordination rurale avait constaté que certaines laiteries ne proposaient qu’une avance de trésorerie au lieu d’une augmentation nette. Sur le bordereau de règlement du lait d’avril de certains de leurs adhérents, il est fait état d’un complément de prix exceptionnel de 25 €/1000 litres, précisant : « Cette avance exceptionnelle sera récupérée sur les livraisons du second semestre 2013 selon des modalités qui seront communiquées ultérieurement ». Nicolas Coudray, animateur de l’organisation des producteurs de lait (OPL) de la Coordination rurale, est furieux : « Les producteurs de lait sont pris pour des imbéciles ! C’est scandaleux quand on voit le manque de marchandise sur le marché mondial et les cours de la poudre de lait et du beurre ».

Les modalités d’application précisées

Pourtant, Francis Amand reste confiant. Pour respecter le droit à la concurrence européen, il ne peut « pas imposer un mode de répercussion », précise t-il. Comprenant les difficultés de certains transformateurs, le médiateur estime qu’ils pourraient obtenir une nouvelle hausse de la part des distributeurs en septembre, après une évaluation du dispositif, et que la hausse technique s’appliquera « jusqu’au 1er mars 2014 si aucun nouveau tarif n’a été arrêté avant cette date ». Il souligne que « l’esprit de compromis qui a inspiré ce dispositif, notamment de la part des distributeurs, doit conduire ces derniers à fonder les négociations tarifaires 2014 sur un prix moyen 2013 intégrant la hausse technique ». Le médiateur explique également que « la hausse technique vient s’ajouter aux tarifs que les parties avaient convenu d’appliquer, déduction faite des relèvements tarifaires déjà acceptés sur le lait de consommation par rapport au prix moyen de 2012 ».

Le litre de lait à un euro

Cette exception sur le lait de consommation pose problème. Selon les représentants de leur organisation professionnelle, Syndilait, les fabricants de lait de consommation n’ont pas les moyens financiers pour augmenter le prix du lait payé aux éleveurs. C’est ce qu’ils ont révélé lors d’une conférence de presse le 16 mai à Paris. « L’application de la hausse du prix du lait payé au producteur telle que nous la propose le médiateur ne nous convient pas », explique Emmanuel Vasseneix, administrateur de Syndilait et patron de la laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel dans le Loiret. Pour lui, l’enjeu est celui de la survie des entreprises, qui ont déjà perdu de l’argent en 2012. Il demande de calculer la hausse à partir des prix au 1er janvier 2012 au lieu de la moyenne du prix de 2012, fortement touchée par une augmentation des importations, selon lui. « Tout le travail de négociation qu’on a fait depuis juillet 2012 est remis à zéro », regrette-t-il.
Constatant que « le prix du lait de consommation stagne à un niveau trop faible », il estime que la solution pour que l’ensemble des maillons de la filière soient mieux rémunérés est d’augmenter le prix du lait au consommateur. Syndilait plaide pour un prix du litre de lait à vendu un euro au consommateur, alors que 60% du lait est vendu à moins de 60 centimes.

Les industriels méfiants

La Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) remet également en cause la médiation: « Les coopératives ne discutent pas l’augmentation du prix du lait, indispensable pour les producteurs au regard de leur coût de production. Encore faut-il qu’elles puissent assurer cette augmentation, à court comme à long terme, pour garantir leur activité dans le temps et donc celle de leurs associés-coopérateurs », explique Dominique Chargé, président de la FNCL. Il confirme que les laiteries ont accordé aux éleveurs des avances de trésorerie, en attendant la monnaie sonnante et trébuchante de la grande distribution : « Les distributeurs on donné un accord général, mais on n’a pas eu de matérialisation concrète. Ils ne vont pas accepter de façon aussi simple ! J’attend qu’ils prennent en compte les hausses que les transformateurs vont proposer maintenant », en plus des hausses déjà acceptées comme le précise le médiateur
Les éleveurs ont du mal à comprendre la position des transformateurs. « Il n’est pas question de faire marche arrière, il nous faut les 25 euros », affirme Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL). « Aucun distributeur n’est revenu sur ses propos ! Si des enseignes de grande distribution ne veulent pas augmenter leurs prix, que les entreprises nous disent lesquelles. Et si les entreprises ne veulent pas payer, il faudra qu’elles assument devant les producteurs », ajoute-t-il.
Le médiateur aurait prévu de nouvelles rencontres avec les acteurs de la filière tout au long de la semaine.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.