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Crise alimentaire La mobilisation de fonds agricoles pour les pays pauvres ne fait pas l’unanimité

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La proposition de la Commission de prélever un milliard d’euros en faveur des pays pauvres sur les crédits non utilisés de la Pac devait être adoptée formellement le 18 juillet, par procédure écrite. Soutenu au plus haut niveau lors du sommet européen de juin dernier, ce projet semble à présent soulever des réticences de certains Etats membres. L’Allemagne, en particulier, a réitéré son scepticisme à l’encontre de cette idée lors du Conseil agricole, le 15 juillet à Bruxelles. La veille, devant le Parlement européen, le commissaire européen au développement, Louis Michel, avait dénoncé le comportement de certains Etats membres qui « se débinent ».

Interrogé le 15 juillet à Bruxelles en marge du Conseil agricole, M. Barnier, le ministre français de l’agriculture, est resté prudent sur l’adoption de cette proposition par les Vingt-sept. Selon lui, cette initiative de Bruxelles est « très ambitieuse, très importante, nouvelle, une mesure exceptionnelle pour répondre à une situation exceptionnelle ». « Nous allons l’étudier de façon constructive, je ne peux pas dire aujourd’hui au nom du Conseil, parce que nous n’en avons pas discuté tous ensemble, quelle sera la réponse du Conseil », a-t-il encore indiqué.

Pour sa part, le ministre allemand de l’agriculture, Horst Seehofer, a répété le scepticisme de son pays face à cette proposition qui vise notamment à financer des engrais et des semences dans les pays pauvres. Faisant référence au système européen de navigation par satellite Galileo, qui a bénéficié de 1,6 milliard de surplus de la PAC en 2007, M. Seehofer a déclaré : « cela ne doit pas devenir la règle de dépenser des moyens de l’agriculture pour l’espace ou d’autres buts définis par la Commission. C’est la position de tout le gouvernement allemand », a-t-il insisté.

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M. Michel demande aux députés européens de faire pression

Comme « cela arrive très souvent, les Etats membres prennent une décision de principe et quand il s’agit de la mettre en oeuvre on trouve 36 000 raisons pour contourner l’engagement que l’on a pris publiquement », a dénoncé M. Michel devant la commission développement du Parlement européen. « Je ne suis pas prêt à être le complice silencieux de ces trucs-là », a-t-il affirmé, dénonçant les « contorsions » de certains pays pour « échapper à leurs engagements ». Le commissaire a appelé les eurodéputés à faire pression auprès des Etats membres. « Si le Parlement nous soutient, c’est très difficile pour les Etats membres quels qu’ils soient de se débiner par rapport aux engagements qu’ils ont pris », a insisté M. Michel.

L’adoption de cette proposition par le Parlement et le Conseil, selon la procédure de codécision, doit avoir lieu en une seule lecture. Les travaux des commissions parlementaires et du Conseil, devront être accélérés au maximum, fait-on valoir à Bruxelles, pour assurer une adoption définitive de ce projet au plus tard en novembre.