La Fédération nationale de la chasse (FNC) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) organisaient les 1er et 2 mars un colloque sur les modalités de gestion du sanglier, à Reims. Un chiffre étonnant y a été présenté : la moitié des dégâts aux cultures provoqués par le sanglier se concentrent sur 2 % des communes françaises. Entretien avec François Klein, responsable du service « sangliers » à l’ONCFS.
A combien s’élèvent les dégâts de sangliers sur les terres agricoles en France ?
Depuis cinq ans, les dépenses d’indemnisation des dégâts agricoles dûs au grand gibier s’élèvent à 22-23 millions d’euros. Il s’agit d’un chiffre stable – et la campagne 2005-2006 l’a encore montré –, après une croissance ininterrompue entre 1973 et 2003. Le sanglier est responsable à 83 % de ces dégâts, loin devant le cerf (14 %). Pour ce qui est des cultures endommagées, le maïs vient en tête (35 % du total), suivi des prairies (25 %) et des céréales à paille (25 %). Les oléagineux et la vigne ferment la marche (4 % chacun), les 8 % restants concernant un certain nombre d’autres petites productions.
Comment évolue le tableau de chasse des sangliers en France ?
Le tableau de chasse a tendance à baisser. Alors qu’il s’établissait à 480 000 animaux abattus il y a 3 ans, il est passé à 440 000 ou 450 000 depuis deux ans. On peut dire que la situation s’assainit au niveau national. Les prélèvements stabilisent une population qui est estimée entre 400 000 et 600 000 têtes.
Observe-t-on des modifications du comportement de l’animal ?
Ce qui est très étonnant, c’est d’observer la montée en puissance des dégâts sur des zones de cultures marginales telles que les prairies, ou encore la progression du sanglier en zone de moyenne montagne voire de montagne, c’est-à-dire au-dessus de 2000 mètres d’altitude. Des sangliers en montagne, ça n’existait pas il y a 15 ans ! Pour ce qui est des prairies, on ne sait pas comment prévenir les dégâts et c’est particulièrement ennuyeux.
Comment expliquer cet intérêt des sangliers pour les prairies ?
L’alimentation joue sans doute un rôle, telle la recherche de rizomes et de graminées. Il est également possible que, de manière temporaire, le développement des larves de hannetons attire localement les sangliers. Mais le phénomène est mal connu et sans doute multifactoriel.
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Le changement climatique peut-il jouer un rôle ?
C’est une hypothèse que nous étudions, parmi d’autres. On pense en effet que les tempêtes de décembre 1999, en détruisant la forêt sur des parties importantes du territoire, ont favorisé la dynamique de population des sangliers. Tout simplement parce que dans les régions forestières sinistrées la chasse a été stoppée à la fin du mois de décembre pour des raisons de sécurité, et ce, deux mois avant la date officielle de fermeture de la chasse. Les sangliers ont pu en profiter pour se reproduire. Il est également possible que, en dehors d’épisodes climatiques aussi extrêmes, la permanence d’hivers moins vigoureux ait eu un impact sur la participation des jeunes sangliers à la reproduction. Mais là encore, on manque de données.
Il y a également un autre élément étonnant que nous avons mis en évidence.
Lequel ?
Il s’agit de la distribution géographique des dégâts agricoles des sangliers sur le territoire. On constate en effet que 144 communes, soit 0,4% des communes françaises, concentrent un quart des indemnisations liées aux dégâts agricoles des sangliers. En élargissant un peu, 788 communes rassemblent la moitié de ces indemnisations. Cela montre que plus de 90% des communes françaises sont dans une situation d’équilibre, ce qui est une bonne nouvelle. Le colloque que nous organisons pendant ces deux jours à Reims avec la Fédération nationale de la chasse vise à faire connaître des modes de gestion qui fonctionnent au niveau local.