Rendre l’agriculture plus attractive pour les salariés, à travers une meilleure prise en compte de leurs problèmes de santé physique et morale, de vieillissement et de motivation professionnelle. Tel a été le thème d’un colloque qu’a tenu pour la première fois sur ce sujet la Mutualité sociale agricole le 8 décembre.
Un colloque organisé par la MSA s’est tenu le 8 décembre au Conseil économique et social à Paris sur le thème : « Pour des emplois agricoles de qualité ». Il s’agit pour la MSA, de sensibiliser professionnels, responsables de l’emploi, universitaires, pouvoirs publics, etc., aux évolutions de l’emploi agricole, dans le but d’améliorer les conditions de travail, à un moment où la profession agricole a du mal à recruter de la main d’œuvre.
L’agriculture manque de salariés
« Les difficultés de recrutement sont en effet connues et réelles puisque en agriculture, seul un emploi saisonnier sur six trouve preneur parmi les offres diffusées par l’ANPE. Dans l’agro-alimentaire, ce rapport est de 2 sur 6 pour les ouvriers non qualifiés et de 2,5 sur 6 pour les ouvriers qualifiés », a déclaré Gérard Pelhate, président de la Caisse centrale de la MSA (CCMSA), à l’ouverture du colloque.
Le nombre d’agriculteurs et d’employés familiaux s’effrite de 5% par an dans l’UE, notamment en Bulgarie et Roumanie, mais les effectifs de salariés s’accroissent de 1 à 2% par an, a indiqué Arnd Spahn, de la Fédération syndicale européenne pour les secteurs de l’agriculture, l’alimentation et l’hôtellerie. Il a brossé les grandes lignes de l’évolution de l’emploi en agriculture : « Devant cette érosion du nombre des exploitants, l’agriculture européenne continuera à se mécaniser et aura besoin de davantage de salariés, y compris de saisonniers ».
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Attractivité : encore des obstacles
Pour débloquer l’emploi salarié en agriculture, il faut le rendre plus attrayant. Or beaucoup d’obstacles subsistent. François Heyman, de la FGA-CFDT, en a mentionné quelques uns : la difficulté à loger les salariés, le taux élevé de troubles musculaires et squelettiques dans certaines branches comme la viticulture, le peu d’évolution professionnelle possible ainsi qu’une grille des salaires très serrée, qui n’incite pas les salariés à progresser. En outre, les accidents mortels sont trois fois supérieurs chez les salariés de l’agriculture par rapport à ceux des autres secteurs, et la proportion de salariés en agriculture de moins de 24 ans est plus basse de deux points à la moyenne de tous les secteurs ; cette proportion ne cesse de diminuer depuis 2000, a ajouté Emannuelle Brun, chef de projet à l’Agence européenne pour la santé au travail, basée à Bilbao (Espagne).
Des exemples de réussite
Les témoignages livrés au colloque de la MSA avaient pour but de faire réagir et d’encourager à l’action en faveur de l’amélioration de l’emploi en agriculture à travers des exemples de réussite. La coopérative céréalière La Marnaise recrute sans difficulté des stagiaires pour les moissons grâce à l’ambiance conviviale, particulièrement à cette période de l’année. L’Association vendéenne pour l’emploi et la formation agricoles note avec satisfaction que la plupart des salariés sont des locaux, ce qui évite l’épineux problème du logement. Le consortium de coopératives sociales CS&I en Italie pratique l’insertion par le travail de 31 000 personnes défavorisées, dont 30% dans le secteur agricole ou paysager. Une preuve que même en présence des conditions les plus adverses il est possible de créer des emplois en agriculture.
Deux films projetés lors du colloque ont présenté des mesures de ressources humaines dans des PME : ici on décide une formation de chauffeur de poids lourd à un employé pour augmenter sa qualification, là essaye de favoriser l’entraide entre salariés : les plus âgés, qui ont des problèmes de dos et de douleurs en exécutant certaines tâches, apportent leur expérience de la technique et des gens, les jeunes apportent leur capacité à exécuter des tâches plus rapidement.