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Inra La multiperformance nécessitera plus de diffusion des connaissances

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La multiperformance (performances économiques, sociale, environnementale) nécessitera un plus gros travail de diffusion des connaissances. C'est ce qu'a montré le colloque annuel de l'Inra au Salon de l'agriculture, qui s'est tenu le 25 février. La multiperformance entraîne en effet une complexification des pratiques, qui suscite un besoin accru d'information, qu'il va falloir renforcer et organiser d'une façon plus systématique qu'actuellement.

LA TRANSITION vers la multi-performance des exploitations agricoles supposera un gros travail de diffusion des connaissances. Par exemple, la réduction des antibiotiques pour le bétail des élevages nécessite davantage de connaissances d'écologie animale, a indiqué le p.-d.g. de l'Inra, François Houllier. Or, diffuser largement les connaissances n'est pas une tâche aisée. « La difficulté provient, d'une part, de la fragmentation des connaissances, d'autre part de la distance beaucoup trop grande entre des connaissances issues de la recherche et du développement et leur mobilisation dans des situations de formation », a souligné Thierry Doré, enseignant-chercheur en agronomie à AgroParisTech, lors du colloque annuel de l'Inra. Ce colloque avait pour thème « conception et adaptation de systèmes de production agricole à hautes performances ».

Place à l'analyse critique des informations par les agriculteurs

Pour Thierry Doré, il existe un devoir collectif « de mise en compréhension de ces connaissances pour les formateurs : à ces derniers de les approprier pour leurs objectifs de formation ». Dans la façon de délivrer les connaissances, place à l'esprit critique et à la diversité. « L'acquisition par les agriculteurs de capacités d'analyse critique des informations disponibles et de diagnostic fiable sur leur propre exploitation est un enjeu majeur pour le futur », a insisté l'enseignant-chercheur. La diffusion de l'information sera d'autant plus fluide qu'elle s'adaptera avec souplesse aux réalités de terrain et aux affinités des agriculteurs, dans leurs différentes sensibilités : « Il faut donner aux agriculteurs le goût du choix, plutôt que celui de la norme », a-t-il ajouté.

Dans son allocution de conclusion, le p.-d.g. de l'Inra, François Houllier, a été clair sur la finalité de la recherche : « Certes nous attendons du développement cognitif, mais dans les domaines où on en a besoin ».

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sans antibiotiques
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Hervé Guyomard, directeur scientifique « agriculture » de l'Inra a insisté sur la nécessité de « niches » de productions, c'est-à-dire de productions spécifiques et originales, à l'opposé des standards, pour servir de pilotes. En effet, pour que les agriculteurs s'approprient les connaissances, il faut qu'elles proviennent de niches de taille réduite, pas trop éloignées d'eux, sinon les pilotes ne seront pas imités, a-t-il expliqué.

Plus d'appel à la main d'œuvre

Par ailleurs, la multi-performance induira non seulement plus d'appel à la matière grise, mais aussi sans doute à la main d'œuvre. « Nous sommes bien conscients que vouloir remplacer des intrants de synthèse par plus de travail du sol et plus de temps d'observation suppose plus de charges de travail, à rémunérer », a précisé Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint de l'agriculture à l'Inra. Mais « de là dire qu'il faut remettre des travailleurs dans les champs pour réduire le chômage, il y a un pas qu'il faut éviter de franchir », selon lui. Amener plus de monde aux champs ne pourra se faire qu'avec des perspectives d'épanouissement, a-t-il conclu.