Banni par la Russie, accusé d’être cancérigène aux Etats-Unis, soupçonné de dumping en Europe, le saumon d’élevage norvégien rencontre actuellement des courants contraires, obligeant le pays scandinave à monter au créneau pour défendre un produit aussi emblématique que lucratif.
La mise en cause du saumon par les Russes et les Américains pour ses effets prétendument nocifs sur la santé ternit l’image d’un secteur qui pèse lourd dans l’économie norvégienne : proches de 4 milliards d’euros par an, les exportations de poisson – du saumon, pour moitié – sont la deuxième ressource du pays.
Principal motif d’alarme pour les producteurs norvégiens, la Russie interdit depuis le 1er janvier toute importation de poissons frais en provenance de Norvège en raison des taux élevés de plomb et de cadmium que les autorités russes disent y avoir détectés et qui seraient de « 10, voire 20 fois la norme ». Cette décision prive la Norvège de son principal marché pour ses produits de la mer – 3e pour le seul saumon derrière la France et le Danemark –, un marché qui connaît de surcroît la croissance la plus rapide.
Les experts russes invités sur place
« Les résultats de nos analyses montrent que la concentration (en plomb et cadmium) est bien en-deçà des niveaux autorisés » par l’Union européenne, protestent les autorités norvégiennes, circonspectes à l’égard des méthodes de contrôle russes. La décision de Moscou pourrait, si elle se prolongeait, se traduire par un manque à gagner de 3 millions de couronnes (0,38 million d’euros) par jour.
Afin de rassurer leurs homologues russes, les autorités norvégiennes envisagent plusieurs mesures : elles proposent de réaliser des tests sur chaque cargaison de poissons exportée vers la Russie, et ont invité les experts russes à se rendre en Norvège pour juger de la qualité des contrôles.
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Mais, pour ne rien arranger, les médias norvégiens ont aussi déterré une étude américano-canadienne déjà ancienne qui affirme qu’une consommation fréquente de saumon d’élevage, en raison de sa teneur en dioxine et en PCB (polychlorobiphényles), présente des « risques cancérigènes inacceptables » et, dans le cas des femmes enceintes, expose le bébé à des risques de malformation.
« Ces chercheurs utilisent des méthodes controversées, qui ne sont pas conformes aux méthodes en vigueur à travers le monde, pas même celles utilisées par les autorités américaines de contrôle sanitaire», réplique le ministre norvégien Mme Pedersen.
Bruxelles privilégie l’Ecosse
Pour l’UE, ce sont les conditions de production qui posent problème. La Norvège, son premier fournisseur avec une part de marché de 63% devant l’Ecosse, le Chili et les îles Féroé, est accusée de subventionner illégalement les éleveurs. Malgré les dénégations d’Oslo, Bruxelles a imposé un prix minimum pour le saumon norvégien. « Il est évident que les intérêts écossais pèsent lourd » à Bruxelles, indique Mme Pedersen, interrogée sur une éventuelle tentation protectionniste de l’UE.