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Pac 2013 La nouvelle Pac délègue la stabilité des revenus aux institutions nationales

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Lors d’une conférence à l’Agroparistech de Paris, Tomas Garcia Azcarate, conseiller à la Commission européenne, a défendu le projet de la réforme de la Pac. Prévue pour 2013, cette nouvelle version de la Politique agricole commune devra s’adapter à un budget européen restreint et à une ouverture inéluctable vers les marchés internationaux. Afin de faire face à ces nouveaux défis, Tomas Garcia Azcarate recommande une gestion nationale des risques et une meilleure cohésion au sein des filières.

«Augmenter les mécanismes d’intervention est impossible, nous sommes contraints à une politique sans argent », a d’emblée prévenu Tomas Garcia Azcarate, conseiller économique pour l’analyse des marchés agricoles à la Commission européenne, lors de son intervention à l’Agroparistech le 14 février dernier. Et si la stabilité des revenus ne passera pas par une augmentation des aides directes de la Pac, aucun protectionnisme non plus n’est à attendre de l’Europe. « La protection à la frontière ne va pas augmenter », a rappelé Tomas Garcia Azcarate. La position française sur la concurrence internationale relève en effet de la « schizophrénie » pour le conseiller à la Commission européenne. Comment « peut-on parler de politique méditerranéenne et continuer à ne pas vouloir importer leurs produits ? », a-t-il interrogé. Outre le désir des céréaliers d’augmenter leurs exportations vers le Maroc, c’est la double position sur les accords de pêche et de fruits et légumes qui est ici pointée du doigt. Tandis que plusieurs voix s’élevaient contre le libre échange des produits agricoles entre le Maroc et l’Union européenne (ratifié par le Parlement européen ce 16 février), les Etats membres soutenaient à l’unanimité l’accord de pêche qui permettait aux bateaux français d’exploiter les eaux marocaines. « Une position boîteuse », juge le conseiller.

Une gestion des risques au niveau individuel

Pour Tomas Garcia Azcarate, ce n’est donc pas au niveau européen que les exploitants doivent attendre des outils pour sécuriser leurs revenus. « La gestion du risque passe en premier lieu par l’exploitation », défend-il. Selon lui, le système fiscal français a poussé les agriculteurs françai dans un système vicieux qui les poussent à « faire des investissements colossaux les bonnes années », les laissant sans trésorerie suffisante lors de campagnes plus difficiles. « Il faut incorporer un système qui accompagne l’agriculteur, mais cela doit se faire au niveau national », argumente-t-il. En effet, selon le conseiller à la Commission européenne, un système assurantiel européen avantagerait les pays soumis à un climat difficile, comme l’Espagne, au détriment des pays agricoles au climat plus tempéré. « Plusieurs pays ont mis en place des systèmes d’assurances privées. Dans ce contexte, la valeur ajoutée d’un système assurantiel commun n’est pas du tout évidente », a renchéri Tomas Garcia Azcarate.

Une meilleure cohésion des filières

Une meilleure stabilité des revenus passe également par une plus grande cohésion au sein des filières. De l’amont à l’aval tout d’abord, avec un « rééquilibrage des filières dans la négociation entre les acteurs ». Premier outil européen permettant de renforcer le pouvoir de négociation des producteurs, le paquet lait a été ratifié par le Parlement européen le 15 février. Un système que l’Europe compte bien étendre aux éleveurs de bovins viandes et aux producteurs de fruits et légumes. Avec « les prix cassé en GMS, on est arrivé à un point où les filières détruisent de la valeur », regrette d’ailleurs Tomas Garcia Azcarate. Mais cette cohésion de la filière ne doit pas seulement se manifester entre les producteurs, les industriels et distributeurs, mais aussi entre les différents exploitants agricoles. À l’heure actuelle, les agriculteurs peuvent couvrir leurs risques sur les marchés à terme américain et européen, or ces couvertures coûtent entre 10 et 15€/t. « Cette gestion individuelle multiplie les coûts de couvertures, qui sont au final payés par le consommateur. Il y a un débat à mener pour une gestion de la volatilité coordonnée, qui fasse des économies pour l’ensemble de la filière », préconise Tomas Garcia Azcarate.

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