La surexploitation de la pêche en Méditerranée touche 96 % des stocks de fond, 71 % des stocks pélagiques (anchois, sardines…) ce qui pousse l'Europe à réagir. Maria Damanaki, commissaire européenne chargée des affaires maritimes et de la pêche, travaille à la mise en place de quotas.
RIEN n'est encore décidé, pourtant la pression monte à Bruxelles. Maria Damanaki, commissaire européenne chargée des affaires maritimes et de la pêche, a réuni la semaine dernière l'ensemble des ministres concernés autour de la surexploitation des ressources halieutiques de la Méditerranée. Des arrêts temporaires de pêche sont à prévoir comme les 20 jours imposés en 2013 pour les bateaux français, ou la destruction de bateaux comme en 2001 à 2013. Les pouvoirs publics pourraient imposer également des quotas, des périodes de repos et des tailles minimales pêchées. Les chiffres sont alarmants. En Méditerranée, 96% des stocks de fond, notamment rougets, merlus, loups, saint-pierre, dorades royales ou crevettes sur lesquelles les scientifiques disposent de données, sont surexploités. La surpêche frappe plus de 71 % des stocks pélagiques, comme ceux de sardines ou des anchois.
DES POISSONS DE PLUS EN PLUS PETITS
Les derniers rapports des experts font apparaître que 85,3 % des 34 espèces les plus emblématiques suivies par la Commission générale des pêches de la Méditerranée (CGPM) sont surexploitées. Le constat porte notamment sur 22 des 25 espèces démersales, c'est-à-dire qui vivent entre le fond et la pleine eau comme le merlu ou le rouge barbet. La CGPM y ajoute 7 des 9 espèces (78 %) des petites pélagiques comme la sardine et l'anchois. Pour ces derniers, les experts soulignent une baisse inquiétante de la taille et du poids des poissons. Concernant la sardine, la biomasse des individus reproducteurs s'est effondrée de 200 000 tonnes en 2005 à moins de 3 000 tonnes en 2010. Selon l'Ifremer de Sète, ce n'est pas le nombre de poissons qui a diminué mais bien leur masse. L'institut cherche à savoir pourquoi ils n'arrivent pas à grandir suffisamment pour atteindre une taille marchande de 9 cm pour l'anchois et de 11 cm pour la sardine. Les sardines reproductrices ont vu leur taille passer en 10 ans de 13 cm à 11 cm. La masse débarquée dans les ports du golfe du Lion, où se concentre l'essentiel de la production, est passée de 6 700 tonnes en 2008, à 3 600 tonnes en 2003 pour chuter à 630 tonnes en 2012. Face à la baisse des stocks, la pêche se rabat sur les jeunes individus mais aussi sur d'autres espèces comme le merlu, déjà victime de surexploitation.
RECHERCHES SCIENTIFIQUES
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Les biologistes marins cherchent à déterminer la cause du déséquilibre écologique ou de facteurs environnementaux. Plusieurs pistes sont étudiées : le manque de plancton, la surpêche, la pollution, l'évolution du climat, la combinaison de plusieurs facteurs… Imposer des tailles minimales inquiète le centre d'océanologie de Marseille, qui soulève que les meilleurs reproducteurs, ceux qui portent le plus d'œufs, sont les plus gros spécimens. Pour certains professionnels du mareyage du port de Saumaty (Marseille), la baisse pourrait également s'expliquer par le sauvetage des thons rouges. Plus nombreux désormais, l'espèce rescapée mange plus de maquereaux et de sardines, ses proies habituelles, pour constituer sa couche de graisse hivernale et se reporte également sur les rougets et les calmars. Pour sa part, le Comité des pêches et des élevages marins de Paca compte organiser des opérations de sensibilisation sur la consommation d'espèces moins connues, avec les limites que l'on connaît à ce genre d'opération.
INQUIÉTUDE DES PROFESSIONNELS
La commissaire européenne compte proposer des plans régionaux et un changement radical dans la politique des quotas. Si rien n'est encore décidé, les professionnels et les grands pays de pêche, comme la France et l'Espagne, redoutent la réduction des subventions et des quotas prônée par cette ancienne députée socialiste grecque, issue de la gauche radicale. Il en va du sauvetage de mare nostrum. Ce type de mesure a permis de sauver le thon rouge en Méditerranée et d'autres espèces dans l'Atlantique Nord-Est.