Abonné

Production La polémique épuise la filière maïs

- - 5 min

Du côté des producteurs de maïs comme des semenciers, la lassitude pointe. Une possible interdiction de cultiver du maïs transgénique en 2008 n’aurait que de faibles conséquences économiques. Mais elle donnerait un coup au moral à tous. Les uns et les autres ne se sentent plus entendus, alors même que la nécessité de produire des volumes importants devient une problématique cruciale du marché.

«Blasé ». C’est ainsi que Christian Pees, président d’Euralis, définit son état d’esprit. « Je fais le constat qu’une fois de plus, la France refuse de prendre position », explique-t-il. Si l’activation de la clause de sauvegarde est décidée, ce seront « les vilaines personnes de Bruxelles » qui imposeront finalement la règle. Pour les OS, cultiver des OGM en 2008 ne constitue pas un enjeu économique. « Nous n’avons pas de stocks de semences, précise par exemple Jean Santerre, directeur de Coopéval, en Haute-Garonne, coopérative qui a collecté plus de 50 % de maïs transgénique en 2007. Les firmes nous les reprennent en juin en fin de campagne ». Pour 2008, les commandes de semences aux semenciers sont passées « sous réserve » des derniers développements du dossier.

Des pertes surmontables

Quant aux débouchés, vendre des OGM demeure plus complexe que d’écouler du conventionnel. Restent les producteurs qui voulaient semer des OGM pour lutter contre la pyrale ou la sésamie. Ils devront payer plus cher : 22 euros/ha pour un premier traitement insecticide, puis 45 euros/ha, main d’œuvre comprise, pour un second passage avec enjambeur ou helicoptère, estime-t-on chez Coopéval. Alors qu’une semence OGM ne coûte que 35 euros/ha de plus qu’une semence conventionnelle. La perte n’est toutefois pas insurmontable, d’autant plus que les cours du maïs ont très fortement progressé. Sauf que le moral n’y est pas. « Cette incertitude permanente est très embêtante à gérer, regrette Marc Reymond, à la Toulousaine des céréales. On sent une démobilisation : les agriculteurs ne peuvent pas aller contre tout le monde ».

Une parole contestée

Pour les opérateurs, la question se pose en termes quasiment philosophiques. « Ce qui est important, c’est d’assurer la compétitivité du monde agricole », estime Jean-Claude Guillon chez Limagrain. Sans les OGM, nombre de professionnels estiment que la production française aura bien du mal à rester dans la course. Les producteurs ne comprennent en tout cas pas la raison pour laquelle leur parole semble bien plus contestable que celle des organisations environnementales. « Les pouvoirs publics ont apparemment choisi de privilégier un certain type d’interlocuteurs », explique Orama dans un communiqué diffusé le 10 février, en rappelant qu’ « un personnage condamné par la justice et à l’origine d’actes délictueux » tutoie la secrétaire d’Etat à l’Ecologie et lui fait la bise. Un professionnel rappelle de son côté que « 8 ONG présentes au Grenelle de l’environnement ont reçu un zéro pointé dans le baromètre de la transparence des ONG 2008 ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

organisme stockeur
Suivi
Suivre

Le bon sens n’est plus au rendez-vous

Le feuilleton qui s’est déroulé la semaine du 7 janvier « contrarie » Christophe Terrain, président de l’AGPM, et son syndicat. « La rationalité, le bon sens ne sont plus au rendez-vous », juge-t-il. Le syndicat souhaite désormais se tourner vers Bruxelles, qui propose finalement une législation « plus adaptée pour exercer notre métier », estime Christophe Terrain. Dans le cas où la clause de sauvegarde serait activée par l’Etat français, le syndicat étudie par exemple les possibilités d’engager un recours auprès de la Commission.

Des semences revendues chez nos voisins

Comme chez les producteurs, un sentiment de lassitude domine chez les semenciers. « Les professionnels des semences et de la protection des plantes dénoncent le manque de courage politique », expliquait le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) dans un communiqué le 8 janvier. Mais concrètement, les conséquences économiques seront là aussi très modérées. « Depuis 1998, la France n’a pas autorisé de nouvelles semences génétiquement modifiées, rappelle Jean-Michel Duhamel, responsable chez Monsanto de l’Europe du Sud, qui intègre la France. Les variétés semées sont donc globalement inscrites au catalogue européen ». Chez Dekalb, marque commerciale de Monsanto, les semences seront donc redirigées vers d’autres pays européens. « Notre stratégie consiste justement à mettre en marché des variétés destinées à plus d’un pays », signale Jean-Michel Duhamel. Pas de panique, donc.

Des critères de pureté durcis

Idem chez Euralis semences, où les volumes de semences transgéniques restent très marginaux. Chez Maïsadour semences « nous avions prévues 10 000 doses pour la France, soit le quart du marché de 2007, mais 5 à 10 % seulement des 100 000 hectares que nous envisagions pour 2008 au niveau hexagonal », explique Régis Fournier, le directeur général. Aucune commande n’est livrée pour l’instant, dans l’attente d’en savoir plus sur la réglementation. Ici comme ailleurs, la production, circonscrite, pourra être stockée ou revendue dans un autre Etat membre sans créer un grave manque à gagner. Seule réelle inquiétude : les contaminations fortuites. « Avec l’entrée en vigueur de l’arrêté suspendant la cession et l’utilisation des semences de maïs MON810, la DGCCRF, en charge des contrôles sur les semences en circulation, a durci ses critères », déplore Régis Fournier. Le spécialiste craint que l’organisation n’applique une tolérance zéro si l’interdiction de cultiver du maïs dans l’hexagone se prolonge. Une obligation de plus en plus difficile à remplir… Qui pourrait aboutir à une réduction des disponibilités en semences conventionnelles. La filière n’a pas fini d’être démoralisée.