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Santé et alimentation La politique nutritionnelle à un tournant

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L’obésité s’est stabilisée chez les jeunes, la consommation de sel s’est un peu réduite, celle de fruits et légumes a légèrement augmenté : les autorités sanitaires jugent que la tendance est plutôt bonne en France mais ne cachent pas qu’il y a encore des «efforts» à faire. La mobilisation sur la situation nutritionnelle des Français est en réalité arrivée à un tournant. Elle avait pris corps en 2001 avec le premier PNNS et le second est maintenant proche de son terme. La commission de Danne voulue par l’Elysée sur le sujet de l’obésité a remis son rapport mais le grand plan attendu tarde à être annoncé. En attendant, et sans rien évoquer de l’après-2010, la ministre de la Santé reprend la main en se félicitant des évaluations effectuées tant par l’IGAS que par le nouvel Observatoire de la qualité de l’alimentation. Et les industriels sont conviés à rejoindre plus largement le peloton encore un peu maigre des signataires de chartes d’engagements nutritionnels.

A l’occasion du bilan de l’impact des PNNS (Programme national nutrition santé), dont le deuxième (2006-2010) vient à échéance cette année, la ministre de la santé Roselyne Bachelot s’est réjouie des « avancées significatives » qu’ont permis les programmes, montrant « de vrais infléchissements ». Une évaluation avait été demandée en juin 2009 à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et au Conseil général de l’alimentation et de l’agriculture.

Il en ressort que la prévalence du surpoids et de l’obésité chez l’enfant s’est stabilisée autour de 14-15% (contre 18% en 2000), mais « elle est aggravée en cas d’appartenance à un milieu socio-économique défavorisé ». Chez les adultes, la prévalence de l’obésité a progressé d’environ 50% sur la période 2000-2009, tandis que celle du surpoids est stable.

Les résultats de l’enquête INCA 2
Dans le domaine nutritionnel, l’enquête INCA 2 (Etude individuelle nationale des consommations alimentaires) montre que la consommation de sucres a diminué de 10%, les apports de sel ont baissé de 5,2% entre 1998 et 2006 chez les adultes – mais pas chez les garçons de 15-17 ans. Entre 2002 et 2008, le pourcentage de personnes consommant 5 fruits et légumes a augmenté, de 10,7 à 12,4%. Le pourcentage des adultes déclarant consommer du poisson au moins 2 fois par semaine est passé de 41,4 à 46,8% entre 1996 et 2008. Le nombre des consommateurs de produits sucrés baisse un peu entre 2002 et 2008 (de 77,3% à 75,2%) mais celui des consommateurs de boissons sucrées augmente de 16,7% à 20,4% entre 1996 et 2008. Et désormais, deux tiers des Français pratiquent une activité physique conforme aux repères du PNNS, c’est-à-dire 30 minutes au moins cinq fois par semaine.
Du côté de l’industrie, 18 chartes d’engagement volontaire de progrès nutritionnel ont été signées avec des entreprises isolément, PME et grands groupes alimentaires, et avec des fédérations. Le ministère de la Santé, qui se réfère à l’évaluation faite par l’Observatoire de la qualité alimentaire (Oqali), souligne qu’elles ont permis un certain nombre d’améliorations (voir article ci-après).
Roselyne Bachelot se félicite aussi du succès de l’étude NutriNet Santé, qui en un an a mobilisé 130 000 internautes volontaires pour un objectif de 500 000 à l’échéance de 2015.
A propos des campagnes de l’INPES, la ministre en a salué l’efficacité, notamment pour le « slogan cinq fruits et légumes par jour » qui est cité par 75% des personnes interrogées.
Autres acquis : la profession de diététicien est enfin reconnue, le code de la santé publique l’ayant référencé comme un professionnel de santé ; enfin, les distributeurs automatiques de nourriture ou de boissons sucrées ont été interdits dans les écoles.
Pour la ministre de la Santé il y a quand même encore beaucoup à faire : notamment pour l’action en faveur des plus démunis, la prise en charge des personnes obèses, la promotion de l’activité physique (en baisse selon l’IGAS), la lutte contre la dénutrition des personnes âgées.

Agir sur ses propres salariés
En matière de « promotion des bons comportements alimentaires » le PNNS a rempli ses objectifs « de manière plutôt satisfaisante », estime l’IGAS. Mais les avancées sont « encore insuffisantes » et « il faut changer de braquet », souligne le rapport. Notamment la gouvernance du PNNS a besoin pour être plus efficace d’associer plus étroitement tous les acteurs concernés. C’est en ce sens que le ministère de la Santé veillera à ce que soit assurée la complémentarité entre le PNNS et le programme national pour l’alimentation prévu dans le projet de loi de Bruno Le Maire (LMA). De plus, Roselyne Bachelot a annoncé que des « chartes d’entreprises actives du PNNS » seront mises en place : dans ce cadre, les entreprises signataires devront s’engager sur le développement d’actions spécifiquement destinées à améliorer la nutrition de leurs propres salariés.

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