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La population d’ours augmente sans consensus sur sa gestion

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Le rapport annuel du Réseau ours brun, publié le 10 avril, fait état de 52 ours dans les Pyrénées. Mais alors que la nouvelle version du décret permettant les effarouchements entre en consultation, la protection des troupeaux face à ces prédateurs fait toujours l’objet de débats houleux.

Poils, photos, empreintes, déjections ou attaques de bétail : 1 433 indices de présence de l’ours auraient été relevés en 2019 et transmis au Réseau ours brun. Sur la base de ces indices, les experts estiment que 52 ours vivraient actuellement dans les Pyrénées.

Difficile de faire plus précis, souligne le Réseau ours brun, puisque « le suivi à large échelle d’une espèce aussi discrète que l’ours brun repose essentiellement sur des méthodes indirectes non-invasives ». Les indices, en hausse de 21 % par rapport à 2018, confirment en tout cas la dynamique : estimé à 40 en 2018, le nombre d’ours aurait augmenté de 30 % sur un an.

Pour les producteurs, les chiffres seraient même sous-estimés. « On a toujours un décalage d’un an puisque l’analyse des indices prend du temps, et que les naissances de l’année ne laissent pas de trace. On sait qu’on est bien au-delà de cet effectif aujourd’hui, avec 70 voire 75 ours, et la moitié de cet effectif se concentre sur le département de l’Ariège », déplore Franck Watts, élu en charge du dossier ours au sein de la FNO.

Une expérimentation critiquée en 2019

Dans son bilan annuel, le Réseau ours brun fait état de 349 attaques pour 1 173 animaux tués ou blessés en 2019. Le document précise cependant que ces chiffres représentent « une sous-estimation de la prédation réelle, car les dégâts indemnisés au bénéfice du doute ne sont pas comptabilisés ». « Certains éleveurs ne déclarent pas la prédation, et certains cadavres ne sont jamais retrouvés. On a 1 000 à 1 200 brebis qui sont portées manquantes à la descente d’estive », regrette Franck Watts.

Face à ces dégâts, l’expérimentation de 2019 n’a pas été concluante pour les éleveurs. « Déclencher le stade 2 est très compliqué », souligne Franck Watts. Car l’effarouchement renforcé, avec des tirs non-létaux n’est accordé qu’après deux attaques en moins d’un mois, ou quatre attaques sur deux ans. « Si on veut que cet effarouchement porte ses fruits, il faut qu’il soit appliqué partout et tout le temps », exige Franck Watts.

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Côté association, si les conclusions diffèrent, le constat est le même. « La pertinence des effarouchements n’a pas été démontrée, et les éleveurs refusent toujours de protéger leur troupeau », dénonce Sabine Matraire, vice-présidente de l’association Ferus. Son association avait attaqué l’arrêté l’année dernière, et s’apprête à faire de même avec celui que le ministère de la Transition écologique publiera en 2020.

Reconduction malgré les critiques

Car malgré ces critiques, la version 2020 de l’arrêté autorisant les effarouchements d’ours, mise en consultation du 29 avril au 22 mai, montre peu de changements. Les seules nouveautés introduites concernent « la production des comptes rendus d’opération et la durée de l’autorisation pour l’effarouchement », comme précise le ministère.

Pour Sabine Matraire, ce nouvel arrêté demeure « tout aussi inutile et illégal que le précédent ». Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN), institution consultative saisie par le ministère, s’est également prononcé contre cet arrêté à l’unanimité. Dans une décision rendue le 30 mars, le CNPN considère que le texte « traduit une tendance inquiétante à vouloir chasser les ours des zones d’estive ».

Les éleveurs considèrent, eux, que ces modifications à la marge ne sont qu’un moyen « de gagner du temps », comme le décrit Franck Watts. « C’est bien le statut de protection totale qui pose problème. On n’a pas de tirs létaux autorisés, et ce système-là porte en lui-même les causes de son échec », analyse l’éleveur.

L'association Ferus va attaquer le nouvel arrêté de gestion de l'ours