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La poudre de lait met le Mercosur sous tension

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Face à l’essor des importations de poudre de lait argentine et uruguayenne, les éleveurs brésiliens font pression pour suspendre ces échanges.

Cela fait maintenant plusieurs mois que l’union douanière sud-américaine se déchire à cause du commerce laitier. Les importations brésiliennes, essentiellement des poudres de lait provenant d’Argentine et de l’Uruguay, ont atteint un volume record, l’an dernier, équivalent à 2,23 milliards de litres, en hausse de 69 % par rapport à 2022, selon le Secrétariat brésilien au commerce extérieur. Alors qu’elles ne représentaient historiquement que 3 % du marché brésilien, les importations atteignaient 11 % de l’offre en 2023.

L’expert argentin José Quintana l’explique par la longue et sévère sécheresse qui a frappé ces 18 derniers mois le Sud du Brésil, qui a provoqué un appel d’air pour les produits argentins. « La sécheresse a frappé tout le Cône Sud-américain de la mi-2022 jusqu’au 1er semestre 2023 », retrace-t-il. Si bien qu’en 2022, « la production brésilienne de lait avait chuté de 4 %, et elle n’a pu rebondir que de 1 % en 2023, malgré de meilleures conditions météo ».

Depuis, le Brésil connaît un « bain de lait argentin », « une crise des prix sans fin », constate Geraldo de Carvalho Borges, le président de l’association des laitiers du Brésil, Abraleite. Pour l’éleveur, cette crise « menace le secteur laitier et l’existence même de centaines de communes qui font face à l’abandon massif du métier d’éleveur ». « Nous souffrons comme jamais auparavant du libre-échange au sein du Mercosur », abonde Marcelo Candiotto, le président de la coopérative laitière CCPR.

Geraldo de Carvalho Borges et d’autres lobbyistes du secteur réclament à Brasilia la suspension temporaire de ces importations de poudres de lait intra-Mercosur, facilitées par l’absence de droits de douane et la proximité géographique entre ses États-membres. Les principales associations d’éleveurs laitiers du Brésil dénoncent là une concurrence déloyale à cause de l’existence, selon elles, de « subventions » dont bénéficieraient les laitiers argentins.

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Argentins plus compétitifs

Par le mot "subvention", les Brésiliens désignent l’effet sur le secteur laitier des taxes à l’export de fèves de soja et de grains de maïs ponctionnées par Buenos Aires depuis vingt ans. Ces taxes pèsent sur les cours nationaux de ces deux ingrédients de base des rations des vaches laitières, sans toutefois nécessiter de versement sonnant et trébuchant des pouvoirs publics.

Pour cette raison, mais pas seulement, la Ferme laitière argentine ressort deux fois plus compétitive que la filière brésilienne avec un prix moyen payé aux éleveurs autour de 0,20 €/l en Argentine en moyenne en 2023, contre environ 0,45 €/l au Brésil, où la chaleur limite également la production. « En Argentine, le prix payé aux laitiers est inférieur à notre coût de production (au Brésil, NDLR) », admet Marcelo Candiotto.

Ce ne serait pas la première fois que le Mercosur accepte des exceptions à son union douanière. Selon Gustavo Idígoras, le président du Centre argentin des exportateurs de céréales, les poudres de lait en auraient déjà bénéficié durant quinze ans, au même titre que les appareils électroménagers. Le renouvellement d’une telle mesure n’est donc à pas à exclure à titre provisoire, compte tenu de la pression du lobby des laitiers du Brésil.

Selon Marcelo Candiotto le président de la coopérative laitière CCPR, le cheptel laitier brésilien peut atteindre des niveaux de performance remarquables sous un climat tropical, au-delà de 40 litres par jour et par vache. Mais il s’agit d’élevages dits « de pointe », dans lesquels les croisées zébu-hollandaises sont élevées en système herbager mais logées en milieu couvert sous des ventilateurs couplés de brumisateurs fonctionnant 24h/24. Au Brésil, la chaleur reste le principal frein à la croissance de la production de lait brésilienne.

Les importations brésiliennes de lait ont augmenté de 69 % en 2023