Alors que les négociations commerciales débutent officiellement le 1er décembre, les industriels du lait et des grandes marques alertent sur le contournement de la loi Egalim organisé grâce aux centrales d’achat situées hors de France.
Les appels à stopper le contournement de la loi Egalim se font de plus en plus pressants à quelques semaines du lancement officiel des « négo co » à partir du 1er décembre. François-Xavier Huard, p.-d.g. de la Fnil (industriels des produits laitiers), s’est dit « inquiet au sujet du développement exponentiel des centrales d’achat européennes » à l’occasion d’un point presse le 25 septembre. D’après ses calculs, des volumes toujours plus importants de lait sont négociés par les distributeurs français hors des frontières nationales. Il estime que sur la moitié des volumes absorbés les GMS françaises, environ 65 % sont soumis aujourd’hui à des contrats d’achat à l’échelle européenne, contre 50 % un an plus tôt. « Si rien n’est fait, sera bientôt à 100 % des produits laitiers qui échapperont à la loi Egalim, soit 6 milliards de litres de lait par an », prévient-il. Même analyse du côté de l’Ilec (grandes marques) qui constate que le nombre de centrales d’achat européennes « explose » depuis ces derniers mois, dit Nicolas Facon, son p.-d.g., déséquilibrant encore davantage le rapport de force entre distributeurs et fournisseurs.
Pour lutter contre ce contournement de la loi Egalim, la Fnil veut agir au niveau des négociations actuelles sur les pratiques commerciales déloyales qui se tiennent à Bruxelles en proposant que les produits composés majoritairement de matières premières agricoles collectées, transformées et consommées en France ne puissent pas être négociés hors de France. Elle appelle aussi à un renforcement des contrôles de la part de la DGCCRF (Répression des fraudes) pour faire appliquer la loi Egalim. L’Ilec est sur la même ligne en voulant orienter la révision en cours de la directive afin qu’elle s’applique aux entreprises de toutes tailles, qu’elle se penche sur les centrales d’achat européennes et que les autorités de contrôle nationales puissent travailler de concert.
Intensification de la guerre des prix
Les négociations commerciales se préparent dans un contexte dégradé, selon l’Ilec. « Les demandes de renégociations émanant des distributeurs se généralisent depuis ces derniers mois », déplore Nicolas Facon, dans une déclaration à Agra Presse le 29 septembre. Le changement de positionnement de Lidl – qui revient à sa stratégie initiale de discounter pur et dur – alimente un retour en force de la guerre des prix, ce qui a un effet d’entraînement sur toutes les autres enseignes.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les entreprises de la transformation laitière n’arrivent pas à la table de négociations en grande forme. « Le risque de casse est réel ! » selon François-Xavier Huard, p.-d.g. de la Fnil (industriels) le 25 septembre, au sujet des faibles marges. Se basant sur une étude sur la situation économique et financière de son secteur réalisée par la Banque de France et dévoilée le même jour, le taux de résultat net des entreprises de la transformation laitière a atteint 1,1 % en 2024, contre 3 % en moyenne pour les industries agroalimentaires (IAA). Pour les industriels du lait, ce résultat net n’a fait que décroître depuis 2020 (1,8 %). Les entreprises sont « très fragiles », en particulier depuis la sortie du Covid, et « à la merci de n’importe quelle crise qu’elle soit économique, géopolitique ou commerciale ».
Pour expliquer cette fragilité, François-Xavier Huard avance l’impossibilité de relayer la hausse des coûts (production, prix du lait) auprès des distributeurs qui « ne sanctuarisent pas la matière première agricole ». L’étude de la Banque de France met aussi en lumière la répartition de la valeur ajoutée spécifique aux industries laitières : les dépenses de personnels y sont plus lourdes que dans les IAA (64 % contre 59 %) et les dividendes plus faibles (14 % contre 18 %).