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Banane /Antilles La production aux prises avec les effets du chlordécone

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Les aides au secteur de la banane dans les Antilles françaises, après l’ouragan Dean, ayant réactivé l’épineux dossier du chlordécone, Éric de Lucy, président de l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique, a tenu à s’exprimer devant la presse le 5 septembre à Paris.

Le chlordécone, insecticide utilisé contre le charençon du bananier jusqu’en 1993 aux Antilles, a pollué durablement 9 % de la SAU de Guadeloupe et 8% de la SAU de Martinique, a reconnu Serge Michels, conseiller scientifique de l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN). « Le chlordécone est une substance dangereuse », souligne une déclaration de six médecins-chercheurs Philippe Kadhel, Eustase Janky, Pascal Blanchet, Henri Bataille, Farida Huc-Terki et Luc Multigner., datant du 20 mars dernier, et citée par l’union des producteurs de bananes. En outre, le chlordécone se caractérise par sa forte persistance dans les milieux naturels, de nombreuses années après son utilisation. Le produit, bien qu’interdit d’utilisation dans les Antilles françaises en 1993, laisse dans le sol des teneurs nettement décelables, d’où le débat houleux à la Martinique et à la Guadeloupe, sur le terrain juridique. Des associations ont mis en cause les bananiers et les pouvoirs publics, pour mise en danger de la vie d’autrui.

Poursuite des recherches sur la toxicité et sur la dépollution des sols

Reste à évaluer les effets précis des vestiges du chlordécone. Si l’accident de l’usine d’Hopewell (Virginie, États-Unis) en 1977 a entraîné chez les ouvriers « des troubles neurologiques et des modifications de la qualité du sperme », comme le note la déclaration des six médecins-chercheurs, « aucune différence significative concernant les caractéristiques du sperme ou les hormones de la reproduction n’a été observée » entre les ouvriers agricoles et les autres salariés. Pourtant les ouvriers agricoles ont « présenté les niveaux les plus élevés de chlordécone dans le sang (jusqu’à 0,1 milligramme par litre de sang) ».

Comme les effets qu’entraîne ce perturbateur endocrinien ne sont pas nets, deux programmes de recherche en Guadeloupe viennent d’être lancés. L’un sur le déroulement des grossesses, l’autre sur l’incidence de la molécule sur le cancer de la prostate. Résultats en 2008 et 2009, a précisé Serge Michels. Parallèlement, le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) étudie les moyens de dépolluer les sols par des plantes (phytoremédiation) et par des bactéries, a indiqué pour sa part François Côte, chercheur au Cirad.

Les arguments des bananiers dans le débat

En attendant, les producteurs de bananes se défendent dans le débat sur leur mise en cause. « Je ne pense pas que ceux qui ont épandu du chlordécone l’ont fait en se disant qu’ils contaminaient les sols. On pourrait citer des quantités de médicaments qui étaient autorisés dans le passé et dont les effets secondaires se sont révélés néfastes pour la santé. Avec le recul, il est toujours facile de juger », a déclaré Éric de Lucy. Dans les Antilles, le taux d’humidité de 92 % fait que « nous ne pouvons pas nous passer complètement de pesticides », a-t-il par ailleurs justifié.

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« Faut-il arrêter de faire de l’agriculture dans les Antilles françaises ? », a-t-il poursuivi, ajoutant que la banane est le premier secteur d’emploi privé dans les Antilles.

S’agissant des aides au secteur, après l’ouragan Dean, le président de l’UGPBAN a répondu aux critiques : « On nous reproche d’être subventionnés. Nous n’avons pas de complexes à avoir par rapport à nos concurrents : les salariés des bananeraies de la Martinique et de la Guadeloupe sont payés 85 euros par jour, soit plus de 100 dollars, contre 6 dollars au Costa Rica et 2,5 en Équateur ». « C’est une fierté pour nous de payer nos salariés à ces niveaux », a résumé Christian Prudent, planteur membre du groupement des producteurs.

Enfin, Éric de Lucy a annoncé qu’après l’ouragan Dean, la banane antillaise devrait faire son retour sur le marché français à partir de la mi-février.