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Brésil La production de biodiesel par les petits agriculteurs en augmentation

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La production de biodiesel par les petits agriculteurs est en augmentation au Brésil, grâce au programme de développement social du pays, a indiqué une ex-conseillère du gouvernement brésilien, lors d’une conférence-débat organisée par la fondation Farm le 5 novembre.

La production de biodiesel par les petits agriculteurs est en augmentation au Brésil, grâce au « Programme national de production et d’utilisation du biodiesel (PNPB) », qui est avant tout un projet de développement social, a indiqué Caroline Rayol, qui a été conseillère du ministre brésilien aux bioénergies. Caroline Rayol travaille actuellement en France, responsable de projet « bioénergies et ressources » au pôle de compétitivité picardo-champenois Industries et agro-ressources (IAR).
La politique de développement par la culture d’oléagineux, menée par le PNPB, s’est accompagnée d’un essor de la production brésilienne d’oléagineux de 32% depuis huit ans, a-t-elle précisé. La production brésilienne de biodiesel est passée de 69 millions de litres en 2006 à 2,2 milliards de litres en 2011. Sur ce total, la part produite par les petits agriculteurs familiaux augmente. En 2010, 26% des oléagineux utilisés dans la production de biodiesel provenaient d’exploitations familiales, contre 20% en 2009.
 
Avant tout, créer des emplois
Ce programme fédéral, lancé au Brésil en 2004, est conçu avant tout pour la production de tourteau, afin que les agriculteurs pauvres, voire très pauvres, puissent bénéficier d’un débouché, de proximité, et donc d’un revenu.
« Pour comprendre le programme, il faut bien comprendre la mentalité du Brésil. Le gouvernement cherche à réduire par l’emploi ses grandes disparités sociales » dans ce pays deux fois plus étendu que l’UE, a précisé l’experte brésilienne. Une des priorités de Brasilia est d’encourager la culture d’oléagineux dans le Nord et le Nordeste, deux régions particulièrement pauvres. La création d’emplois a plus d’importance que la rentabilité des usines de biodiesel, a-t-elle ajouté. Ces usines sont des pôles structurants, insérant les habitants dans la vie économique et leur fournissant formation, matériel de mécanisation, intrants.
Le Programme national de production et d’utilisation du biodiesel est conçu avant tout pour la production de tourteau, afin que les agriculteurs puissent bénéficier d’un débouché, de proximité, a souligné Caroline Rayol. L’huile est le sous-produit de la production de graines de soja, principal oléagineux cultivé dans le cadre du programme. Elle sert de matière première à la fabrication du biodiesel. Le PNPB est soutenu par l’État fédéral, à hauteur de trois à cinq millions d’euros selon les années. Ces sommes modestes sont utilisées pour la diffusion des technologies, la formation des acteurs des filières, la recherche-développement consacrée à la compétitivité du biodiesel. L’intervention de l’État consiste aussi à imposer une obligation d’incorporation de biodiesel dans le gazole, à hauteur de 5%.
 
Un constat paradoxal : la production alimentaire augmente
Les sommes injectées dans l’économie locale dans le cadre de ce programme sont en forte augmentation. Les usines de biodiesel ont acheté pour 607 millions d’euros de matières premières aux agriculteurs familiaux en 2011, contre 423 en 2010 et 27,4 en 2006. Ces matières premières sont des graines de soja majoritairement (pour 597 millions en 2011). Les autres matières premières oléagineuses sont des graines d’arachide, de colza, de ricin (plante cultivée notamment dans le nord pauvre et équatorial), de sésame.
Le système a connu une crise en 2007, due l’hétérogénéité de l’assistance technique, les régions qui en ont profité étant surtout les États les plus développés, tels le Sao Paulo. Le nombre d’agriculteurs familiaux insérés dans le système est passé de 40 600 en 2006 à 27 800 en 2008. Il est remonté à 105 000 en 2011.
Parmi les résultats sociaux atteints, Caroline Rayol a mentionné l’augmentation de la production alimentaire des agriculteurs familiaux. Un constat qui peut paraître paradoxal, vu à travers le prisme des débats internationaux sur l’incidence des biocarburants sur les ressources alimentaires mondiales. Mais l’explication est la suivante : la vente de produits apporte un revenu à l’agriculteur, qui peut alors acheter du matériel pour se moderniser, ou acheter des capacités de stockage afin de commercialiser du soja quand personne n’en vend, a indiqué Francis Giraudy, directeur de la société Écocarbone (qui fait du développement à travers les cultures oléagineuses) pour l’Afrique. « La pauvreté ne vient pas du manque de nourriture dans le monde, dont le tiers est gaspillé. Le vrai problème est le sous-emploi », a résumé Caroline Rayol.

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