La luzerne connaît un retour en forme, soutenue par le plan protéines végétales. Une dynamique également vraie pour le bio. Exemple avec la coopérative GraSaSa, en Dordogne, département où les surfaces ont augmenté de 24 % en 2017. La coopérative alerte néanmoins sur les écueils de cette production.
« Depuis une dizaine d’années, la demande de luzerne bio progresse », déclare Eric Masset, président de Coop de France Déshydratation. Le marché est tiré notamment par la demande de l’élevage. « Tous les industriels laitiers cherchent à augmenter leur collecte bio, affirme le patron des coopératives de désydratation : Agrial vise +60 % d’ici à 2020, Sodiaal veut passer de 50 à 150 M hl, Biolait espère +40 % ».
Selon les chiffres de la fédération, la production de luzerne bio a atteint 39 000 t en 2017 – première année de comptabilisation des surfaces bio dans cette filière. Un des moteurs de cette expansion est la conversion des céréaliers. « La luzerne est la plante idéale pour passer en bio, considère-t-il. C’est une bonne solution contre les mauvaises herbes. » Le signal est au vert parce qu’aussi la France importe entre 8 000 et 10 000 t de luzerne bio, faute d’une production nationale suffisante.
Illustration de la forte croissance de cette légumineuse avec la Dordogne, lieu d’un voyage de presse le 6 juin dans le cadre de la 4e Semaine de la coopération agricole. Les surfaces en luzerne bio (conversions incluses) y atteignent 9 049 ha, en croissance de 24 % sur un an. « On constate un vrai engouement pour la luzerne bio », raconte Denis Pinoit, DG de GraSaSa. La coopérative, implantée à Sainte-Sabine, affiche une production de 6 000 à 8 000 t de luzerne, dont 60 % en biologique sur 2016/2017, complétée par 11 000 à 18 000 t de granulés de bois, 500 t de fourrages divers.
La peur d’un scandale dans le bio
Parmi ses clients, les Etablissements Aurouze, spécialistes des aliments bio pour l’élevage depuis 28 ans. Cette entreprise du Cantal grossit à mesure que l’agriculture bio gagne du terrain : « Notre production est passée en 10 ans de 2 000 t à 3 000 t d’aliments composés bio à 35 000 t aujourd’hui, dont 5 000 à 6 000 t de luzerne », indique le responsable commercial Philippe Albouy. Et la ressource manque. « On importe 2 000 t de luzerne d’Italie. » Une source d’approvisionnement moins appréciée, vu sa qualité très irrégulière notamment en taux de protéines. Aurouze se montre inquiet par rapport à certaines origines. « Le plus gros danger qui guette, c’est un scandale dans le bio, lance-t-il. Certains sourcing, par exemple des pays de l’Est (Roumanie, Ukraine…), ne garantissent pas une traçabilité jusqu’à la parcelle. » Au contraire chez GraSaSa, le client est en mesure d’effectuer des audits sur les pratiques agricoles.
Pratiques culturales
La coopérative voit arriver « une vague d’adhérents qui se convertissent au bio, indique le président Thierry Guérin. Parmi eux, il y a des opportunistes, proches de la retraite, avec une approche en dilettante, sans utilisation d’engrais. C’est un des écueils de la luzerne bio. » Comme toute légumineuse, la plante fixe l’azote. Elle demande très peu de pesticides. Sa conduite réclame néanmoins des amendements. « Les aspects agronomiques, les pratiques culturales sont au cœur du problème en bio », insiste le DG Denis Pinoit, soucieux de faire passer des messages aux agriculteurs.
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Et d’expliquer notamment que cultiver de la luzerne se traduit par des exportations importantes de potassium, qu’il faut compenser. Sans oublier le phosphore, la magnésie, le souffre. Depuis cette année, GraSaSa met en place des analyses de sol systématiques à l’implantation, pour bien évaluer les besoins. À la Chambre d’agriculture de Dordogne, on s’inquiète aussi des difficultés à trouver du lisier, nécessaire pour maintenir la matière organique.
Par ailleurs, la luzerne ne doit pas revenir trop vite dans la rotation, de préférence au bout de 9 à 10 ans. Cela implique de trouver six à sept autres cultures, une contrainte pas facile. « On a connu des temps de retour de la luzerne trop courts, responsables en partie de rendements plus faibles », signale Thierry Guérin. Pour les années à venir, GraSaSa paraît moins préoccupée de saturer son outil industriel que de gagner en productivité sur la partie agricole.
« La luzerne est la plante idéale pour passer en bio »
Ne pas négliger la fertilisation
La production globale de luzerne en croissance de 14,1 % en tonnages
En 2017, la production globale de luzerne représente 66 720 ha (+3 %) et 850 000 t (+14,1 %) dont 39 000 t de bio, selon les chiffres de la Coop de France Déshydratation. La fédération parle d’une « année record ». Au point que « beaucoup d’usines arrivent à saturation », selon Eric Masset. La luzerne connaît un retour en forme : après une baisse de production liée à la fin des aides aux fourrages séchés entre 2007 et 2011, celle-ci redémarre avec le soutien du plan protéines lancé il y a quatre ans.