Les bonnes conditions climatiques de 2008 ont permis de faire progresser de 10% la production française de miel. Mais les abeilles continuent de mourir en nombre anormalement important. Pour l’Unaf (Union nationale de l’apiculture française), les insecticides neurotoxiques en sont la principale cause. Le syndicat va déposer un recours auprès du Conseil d’Etat pour faire annuler la décision du ministère de l’Agriculture de reconduction de l’homologation du Cruiser, lequel appartient à cette catégorie de molécules. L’organisation écologiste FNE a décidé de faire de même le 22 janvier.
La production française de miel en 2008 devrait atteindre 20 000 tonnes, soit une hausse de 2 000 tonnes par rapport à 2007, selon l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). Son président, Henri Clément, a estimé, mardi 20 janvier lors d’une conférence de presse, que cette augmentation aurait pu être plus importante – compte tenu des conditions climatiques favorables – mais a été limitée par une mortalité hivernale importante des abeilles. Le Comité français de développement apicole (CNDA) a estimé à 29,3% les pertes de colonies durant l’hiver 2007/2008. Une mortalité hivernale de 3 à 5% est considérée comme normale. La production française qui était 32 000 tonnes environ en 1995 a donc chuté de 37% en une dizaine d’années. La consommation étant stable, cette baisse a été compensée par une hausse de 200% des importations.
L’autorisation d’utilisation du Cruiser inquiète les apiculteurs
Pour l’Unaf, la principale cause de disparition des hyménoptères est l’utilisation de pesticides neurotoxiques (comme le Gaucho ou le Régent qui sont désormais interdits en France) par l’agriculture. Le syndicat est donc très inquiet de la décision du ministère de l’Agriculture de reconduire l’homologation du Cruiser, un insecticide de la même famille produit par la société Syngenta. Henri Clément a indiqué que son organisation s’apprêtait à déposer un recours auprès du Conseil d’Etat pour faire annuler cette mesure. L’Allemagne, l’Italie et la Slovénie ont déjà retiré leur autorisation au Cruiser suite à des mortalités importantes de butineuses, a-t-il ajouté. Pour Etienne Bruneau, apiculteur belge responsable du groupe miel au Copa (syndicat agricole européen), « si la législation européenne était appliquée correctement, aucun de ces produits neurotoxiques n’obtiendrait aujourd’hui d’autorisation de mise sur le marché ».
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Un institut technique mis en place dès le mois d’avril
Sur la menace de prolifération du frelon asiatique (un prédateur des abeilles apparu en 2005 en France), l’Unaf dénonce une fois encore le manque de réactivité des pouvoirs publics. « Alors que le nombre de nids progresse d’année en année, il n’y a aucune stratégie nationale pour contenir le phénomène », déplore le syndicat apicole. La mise en place d’un Institut technique, qui pourrait voir le jour dès le mois d’avril, devrait permettre d’apporter des réponses scientifiques aux différents problèmes rencontrés par les apiculteurs. Comme préconisé par le rapport du sénateur Martial Saddier, remis au ministre de l’Agriculture, la création d’une interprofession est programmée d’ici deux pour structurer économiquement la filière.