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La production de vin augmenterait de 20 à 25% par rapport à 2017

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FranceAgriMer a diffusé le 24 août sa première estimation de la vendange, à 44,5 millions d’hectolitres (Mhl), tandis qu’Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture a publié son estimation le même jour, à 46,1 Mhl. Soit un regain de la production de 20 % à 25 %, après la vendange historiquement basse de 2017.

À 44,5 Mhl, la vendange serait 20 % supérieure à celle de l’an dernier, qui était une des plus basses de l’après-guerre, a indiqué Jérôme Despey, président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer, lors d’une conférence de presse. Elle ne se situerait que dans la moyenne quinquennale, une moyenne qui s’érode au fil des années depuis environ 30 ans.

Le niveau tout juste moyen de la récolte 2018 s’expliquerait ponctuellement par l’ampleur du mildiou d’avril à juillet. Jérôme Despey a mentionné une incapacité à retrouver des volumes au-dessus de 45 Mhl pour des causes diverses que les milieux viticoles cherchent à approfondir. Parmi les raisons de ce plafonnement de la production sur longue période, Jérôme Despey a évoqué l’implantation de cépages plus qualitatifs, et un raccourcissement du cycle végétatif de la vigne. Celle-ci est vendangée nettement plus tôt qu’avant, probablement en raison du changement climatique : « En 30 ans, on a gagné 30 jours de précocité sur tous les bassins. »

Comme le montre le tableau ci-dessous, le vignoble qui connaît la plus forte hausse de production est la Champagne : + 56 % par rapport à 2017 et + 39 % par rapport à la moyenne quinquennale, selon FranceAgriMer, citant les sources professionnelles. On notera aussi que malgré la hausse prévue à Bordeaux (+ 35 %), le vignoble ne parvient pas à se hisser au niveau de sa moyenne quinquennale (- 3%), tandis que le Languedoc-Roussillon désespère de retrouver le niveau moyen de ses cinq dernières années.

Beaucoup de soleil au nord…

Le vignoble régional de Centre-Val de Loire ne ferait que « retrouver des valeurs normales », indique Olivier Brault, un des dirigeants de l’interprofession viticole Inter Loire. Ce retour à une production plus étoffée « fera du bien à toute la filière ». Les viticulteurs pourront prendre plus de temps à la vinification de leurs vins, et donc mieux élaborer la qualité. Comme partout en France, le vignoble ligérien a connu un printemps pluvieux. Et chaud. Une situation favorable au démarrage de la vigne, mais aussi au mildiou. Certaines exploitations « ont perdu de la récolte avec le mildiou, même chez les bons techniciens ». Mais ces pertes de récolte pour cause de mildiou ne se semblent pas remettre en cause la reprise de la production, selon Olivier Brault.

Les attaques de mildiou ont reflué avec la canicule. Le vignoble a connu « un nombre d’heures d’ensoleillement exceptionnel ». Cette situation aura pour effet de réduire nettement l’acidité des vins ligériens. Ils seront plus charnus et avec une impression de sucrosité, ce qui peut plaire à toute une catégorie de consommateurs. Même pronostic sur l’acidité à l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) et à la Confédération des associations viticoles de Bourgogne (CAVB). En Charente, le rendement de cognac s’annonce excellent.

… beaucoup de pluie au sud

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Plus au sud, la situation est plus chaotique. Le Bordelais attend certes une production en hausse, mais doit faire face à ses 9 000 hectares grêlés au printemps. Il a connu le mildiou également, du fait d’un printemps très arrosé, puis un été très sec. « Il faudrait de la pluie pour faire grossir les grains de raisin », indique-t-on au Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).

Le vignoble des Côtes du Rhône est symptomatique de cette année particulière : le nord du vignoble rhodanien commence sa vendange avant sa partie méridionale, fait remarquer l’interprofession viticole Inter Rhône. Paradoxe du millésime 2018, le Languedoc-Roussillon et la Provence ont pris du retard avec les pluies du printemps et de l’été, et effectueront la grande partie de leur vendange entre le début et le milieu du mois de septembre. Soit pas plus tôt qu’au nord pour les vins blancs.

Le mildiou passé, un retour des pluies serait bénéfique aux rendements dans la plupart des bassins viticoles français, sauf en Provence et en Languedoc, et alors la production pourrait être réévaluée, a conclu Jérôme Despey.

Un raccourcissement du cycle végétatif de la vigne

L’incapacité de la production à se redresser inquiète les professionnels

« Je suis préoccupé par cette situation que connaît la viticulture depuis plusieurs années : la grêle il y a deux ans, le gel et le stress hydrique l’an dernier, le mildiou cette année ». Ces petites récoltes, conjuguées à des coûts accrus, « vont rendre la situation économique difficile pour les viticulteurs », et risquent de faire perdre des parts de marché à la France, a alerté Jérôme Despey, annonçant une prise de rendez-vous prochaine entre la filière et le ministre de l’Agriculture. L’Italie est notamment en passe de redevenir le premier producteur mondial de vin, à 48 Mhl. « Nous voudrions que le dossier de l’irrigation de la vigne avance et qu’il ne soit plus un tabou », lors des prochaines assises de l’eau, dont la première étape s’est tenue le 29 août. Le président du conseil viticole de FranceAgriMer a insisté sur le fait qu’une vigne en état de stress hydrique voit sa maturité bloquée, avec un effet négatif sur la qualité.