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Réchauffement climatique La production des forêts françaises handicapée

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On en est désormais certain, les forêts françaises vont subir dans les décennies à venir de sévères sécheresses qui risquent de fortement réduire la production de bois. Un ensemble de recherches financées par l’ANR le confirme. Les gestionnaires forestiers attendent désormais des solutions pour s’adapter.

«Il y a 10 ou 15 ans, beaucoup de modèles avaient une vision positive du réchauffement climatique pour la forêt avec des perspectives d’augmentation de la production. Aujourd’hui, on se dit qu’au mieux nous allons vers une stabilisation mais plus probablement vers une baisse de production voire des dépérissements importants », prévient Paul Leadley, professeur d’écologie à l’Université de Paris XI et coordinateur du projet de recherche Qdiv. Les résultats de ce programme et de 3 autres (Dryade, Drought+ et Climator) portant tous sur la question de la vulnérabilité des forêts au changement climatique et financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) ont été présentés le 17 novembre lors d’un colloque de restitution. Globalement, leurs résultats sont concordants : les forêts vont subir de fortes sécheresses qui risquent de faire disparaître certaines essences. « Il y des choses certaines, sur lesquelles les modèles convergent, comme l’augmentation de la sécheresse qui être un des principaux problèmes, surtout que les conflits d’usage vont eux aussi s’intensifier », confirme Nathalie Breda, directrice de recherche à l’Inra de Nancy et coordinatrice du projet Dryade (étude des dépérissements consécutifs aux sécheresses des années 2003 à 2006).

Dépérissements et adaptations
« Globalement, pour l’ensemble des essences étudiées, nos modèles montrent une baisse importante des peuplements dans les plaines », indique Paul Leadley. Le pin sylvestre par exemple pourrait complètement disparaître car la hausse des températures est très néfaste pour sa croissance. Un dépérissement est déjà observé en Espagne et en Suisse. Pour les feuillus, il y a plus d’incertitudes. « Le point positif de nos études, c’est que les arbres ne sont peut-être pas aussi sensibles que ce que l’on pensait en termes de mortalité », souligne Paul Leadley. Ce que confirment les recherches menées par Serge Rambal qui a coordonné le programme Drought+, sur la réponse des arbres méditerranéens à l’absence de pluie. Ces travaux montrent que le chêne vert ou le pin d’Alep présentent une grande capacité à modifier leur architecture et leur feuillage pour faire face à une réduction prolongée de pluviométrie, réduisant ainsi leur vulnérabilité. Les évolutions lentes laissent donc du temps aux arbres pour s’adapter, alors que les événements extrêmes comme les tempêtes sont finalement plus graves pour les forêts car ils affectent des écosystèmes qui semblent solides.

Zone de basculement
Les gestionnaires de forêt vont donc devoir prendre en compte ces nouvelles données. « Dans les pays du nord de l’Europe, pour les forestiers, le réchauffement climatique est encore vu comme du bonus, des opportunités qui s’ouvrent alors que chez nous ce sont des risques qui augmentent », rappelle Nathalie Breda. En effet, la France se situe dans la zone de basculement entre climats tempéré et méditerranéen (défavorable à la production). Et l’horizon de ce basculement se situe vers 2050 : en termes de gestion forestière c’est demain . « Le mieux est d’éviter de restreindre toutes les options dès aujourd’hui, estime Jean-Luc Peyron, ingénieur des eaux et forêt qui dirige le groupement d’intérêt scientifique Ecofor. Il faut conserver une certaine diversité intra et inter-spécifique pour garder des solutions ». Ces travaux d’évaluation de la vulnérabilité réalisés, les professionnels attendent désormais de la part des chercheurs des réponses pour s’adapter.

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