Abonné

Focus Argentine La production laitière en Argentine : entre envolée et affaissement

- - 4 min

La production de lait en Argentine a connu une forte progression sur le premier semestre 2012 avant de se tasser sur la seconde partie de l’année. La filière subit de plein fouet les variations du prix du lait et du soja, mais aussi les politiques protectionnistes du gouvernement argentin. Une instabilité qui handicape l’industrie laitière, mais le marché séduit tout de même les investisseurs français.

La production laitière en Argentine connaît une véritable envolée. Sur le premier semestre 2012, elle a progressé de 8%, après une hausse de 14% en 2011. La production nationale annuelle dépasse ainsi les 12 000 tonnes sur l’année qui vient de s’écouler. Une tendance qui confirme la forte instabilité de la production dans le pays. L’Argentine avait en effet connu un décrochage spectaculaire de sa production en 2007, avec notamment une chute de 15% sur le premier semestre. À l’époque, les prix du lait avaient dégringolé et l’État avait instauré des taxes à l’exportation afin de protéger son indépendance alimentaire. Les éleveurs ont donc abandonné la production laitière pour se tourner vers la production de soja. Mais en 2009, ces taxes à l’exportation ont été supprimées et les prix du lait ont connu une inflation historique. De 2004 à 2012, le prix payé au producteur est en effet passé de 444 pesos/tonnes (67,25€) à 1 500 pesos/tonnes (227,21). Une progression de 238% ! Grâce à cette hausse de prix, le lait est redevenu une production attrayante, plus profitable encore que la culture de soja. En effet, à la différence des produits laitiers, les exportations de graines restent taxées depuis 2003. Cette conjoncture pousse les éleveurs à distribuer davantage d’aliments concentrés à leur cheptel, améliorant ainsi la productivité de leur troupeau. Cette conduite intensive a donc entrainé une hausse de la production moyenne par vache de 10% en 2011 (5 600kg). Mais cette embellie est déjà freinée. Depuis le mois d’août, la production souffre d’un ralentissement. La flambée des prix du soja a de nouveau renversé l’équilibre entre cette culture et la production de lait. Les inondations qu’a connues l’Argentine en automne dernier ont de surcroît pénalisé le rendement des vaches laitières.

Un marché porteur bien qu’instable

Cette instabilité de la production a de quoi décourager les industriels. « En Argentine, des opérateurs se désengagent », confie Gérard You, économiste à l’Institut de l’élevage. Outre les inquiétudes sur la capacité du lait à se maintenir, c’est bien la politique protectionniste de l’Argentine qui refroidit les investisseurs. En juin dernier, la présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, annonçait ainsi que le gouvernement allait « augmenter le tarif d’importation pour les biens d’équipement (déjà) produits localement de 0 % à 14 % et fixer à 2 % le tarif des (autres) biens d’équipement qui ne sont pas produits dans le pays ». Les industriels craignent également une nouvelle taxe à l’exportation sur les produits laitiers si la production venait à décrocher trop violemment. Mais l’Argentine reste un pays traditionnellement consommateur de produits laitiers, et la demande dans le reste de l’Amérique du Sud assure des débouchés intéressants pour la transformation. En 2012, l’Argentine a ainsi exporté 200 000 tonnes de poudre grasse, 50 000 tonnes de fromages, et 20 000 tonnes de poudre maigre vers le Brésil, le Venezuela et l’Algérie. Bongrain a d’ailleurs renforcé récemment ses investissements sur le territoire : en février 2011, l’industriel français a acquis 100% du 3e groupe laitier argentin, Milkaut. Employant 1 150 salariés, cette coopérative commercialise ses produits au Brésil, aux Etats-Unis, au Mexique, au Chili, au Paraguay, en Uruguay, au Venezuela, en Bolivie, et au Pérou. Dans ses 6 usines, elle traite 2 100 millions de litres de lait par jour.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

industrie
Suivi
Suivre
gouvernement
Suivi
Suivre