La prochaine récolte céréalière en Ukraine connaîtrait un repli limité, malgré la crise frappant le pays. A Kiev les 9 et 10 avril, la conférence Black Sea Grain a aussi fait état d'exportations en hausse pour l'ensemble du bassin de la mer Noire sur la campagne à venir.
«LES cultures profitent de bonnes conditions, parmi les meilleures des six dernières années », a estimé le 9 avril en conférence à Kiev (Ukraine) Elizaveta Malyshko, d'UkrAgroConsult, organisateur de l'événement. Comme en France, une douzaine de jours d'avance est constatée dans les stades de développement. La production céréalière ne devrait toutefois pas égaler le record de la précédente campagne. Elle s'établirait à 53,30 Mt (contre 57,63 Mt en 201314), d'après l'experte. Un recul limité, compte tenu des incertitudes liées à la crise dans le pays. « Après une bonne implantation à l'automne, les pertes dues au gel hivernal restent faibles », a indiqué Mark Lindeman, de l'USDA. Une ombre au tableau, les réserves en eau dans le sol apparaissent très inférieures à celles des trois dernières années. Mais l'expert américain reste optimiste, avec des prévisions de moisson à 57 Mt (contre 60,8 Mt en 2013-14) : 20 Mt de blé, 8 Mt d'orge, 29 Mt de maïs.
Des craintes balayées concernant le maïsBalayant les interrogations sur les semis non effectués en maïs, les experts tablent sur un maintien de ses surfaces. Ils s'appuient sur des chiffres d'importation de semences toujours en croissance. Mais le rendement est prévu en baisse, de 5,7 t/ha à 5 t/ha, d'après UkrAgroConsult. D'où une production moins élevée et surtout des exportations qui se tasseraient. C'est de nature à quelque peu rassurer les cultivateurs français, inquiétés par l'entrée massive de maïs ukrainien dans l'Union européen, qui vient en plus de lui accorder des quotas sans droit de douane. D'après les chiffres de Serna/Glencore, la production ukrainienne tomberait à 24,7 Mt (contre 27,7 Mt) et les exportations à 17,2 Mt (19 Mt en 2013-14). Un autre élément positif, d'un point de vue français, est l'ambition de l'Ukraine vis-à-vis du marché chinois. Cela augure une pression moins soutenue des volumes vers l'UE. « L'Ukraine remplacera les Etats-Unis comme gros fournisseur en maïs de la Chine, a lancé Renault Quach, de la société Dongling Grain & Oil. Deux explications : le prix et la qualité non OGM. »
L'origine mer Noire encore bien présenteBien qu'un peu en retrait, l'Ukraine restera très présente sur le marché international en 2014-15. Ses exportations pourraient atteindre 28,3 Mt de céréales (contre 30,7 Mt) sur la campagne à venir, d'après UkrAgroConsult. Quant au reste du bassin de la mer Noire, les estimations sont à la hausse. La Russie devrait grimper à 96,5 Mt de céréales (contre 92,4 Mt), dont 25,7 Mt exportées (23,5 Mt). Le Kazakhstan produirait 19 Mt (contre 17 Mt), conduisant à un volume d'exportation de 8,5 Mt (7,6 Mt).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L 'ANNEXION de la Crimée par la Russie représente une perte agricole mineure pour l'Ukraine. Ce territoire pèse 1,2 % de la production nationale de grain. Une part qui monte à 5 % pour le blé, soit autour d'1 Mt. « La plus grande perte concerne les silos portuaires », a estimé l'experte indépendante Oksana Prosolenko. D'après elle, le pays souffre déjà d'un déficit en capacités de stockage, chiffré à 20 %. L'Ukraine semble néanmoins bien armée en installations portuaires.
Seulement 2 % des capacités de chargement seraient localisés en Crimée, selon le Crédit Agricole Bank. « Les volumes d'exportations peuvent très bien se reporter vers le grand port d'Odessa », a jugé Svetlana Malysh, d'UkrAgroConsult, en rappelant les chiffres d'export mensuels sur l'actuelle campagne, avec un record à près de 5 Mt de grain.