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Conditions de travail La protection des utilisateurs de pesticides est insuffisante

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En général, les utilisateurs de pesticides ne sont pas assez protégés, ont expliqué les intervenants du colloque « Quels risques professionnels liés à l’application des pesticides ? Peut-on travailler sans s’exposer ? » organisé le 6 mai à Paris par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (Afsset) et la Mutualité sociale agricole (MSA).

Même si l’habitude de se protéger des pesticides, par des vêtements par exemple, est aujourd’hui entrée dans les mœurs, les utilisateurs sont encore trop exposés. D’abord parce que les protections ne sont pas assez efficaces. Une étude de l’Afsset montre que l’efficacité des vêtements de protection (équipements de protection individuels ou EFI) est loin d’être totale.
Une étude du Cémagref (1) portant sur la contamination des cabines de tracteurs, a souligné leur manque d’étanchéité et constaté que les pratiques des agriculteurs contribuent à les contaminer. « Toutes les cabines sont polluées », a déclaré Sonia Gimbuhler, responsable de l’étude.
Alain Garrigou, chercheur à l’Université de Bordeaux, a rappelé la complexité du réglage des appareils et notamment des pulvérisateurs : « Même les experts ne sont pas d’accord entre eux ».
D’autre part, les différents produits utilisés en agriculture – pesticides, pulvérisateurs, semoirs, tracteurs et matériel de protection – ne sont pas étudiés et conçus les uns par rapport aux autres. Les différents fabricants travaillent séparemment et très souvent en privilégiant les performances techniques de leur matériel. Le résultat est un ensemble de défaillances sur le plan de la protection des utilisateurs.

Suppression des contrôles sur le terrain
Les syndicats ont rappelé que les salariés qui manipulent les pesticides sont insuffisamment formés – surtout les saisonniers – et n’ont pas le temps de déchiffrer de longs fascicules. Jacques Maurs, de la FGA-CFDT, a conseillé que les zones juste traitées soient signalées pour éviter que des salariés y entrent, ou encore de coordonner les traitements pour éviter de traiter quand des salariés travaillent dans une parcelle voisine. Mais surtout, il a regretté que la réforme des politiques publiques (RGPP) supprime les contrôles sur le terrain de l’inspection du travail en agriculture.
Enfin, les intervenants ont souligné la nécessité de reconnaître les maladies liées à l’utilisation des pesticides comme maladies du travail.
« Nous disposons d’études convergentes sur la maladie de Parkinson, par exemple, et de son lien avec les pesticides organophosphorés et les organochlorés. On doit pouvoir arriver plus facilement à une reconnaissance des maladies liées à la profession d’agriculteur », a déclaré Vincent Tirilly, du service santé et sécurité au travail au ministère de l’Agriculture.

(1) Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement

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