Le 22 février, une rencontre parlementaire s’est tenue sur le sujet de la prédation par le loup afin de faire une série de propositions pour faire évoluer la situation. La Fédération nationale ovine publiait en parallèle un manifeste à destination des politiques sur le même thème.
La prédation par le loup en élevage est un sujet qui revient sur le devant de la scène avec les élections présidentielles et l’ouverture du Salon international de l’agriculture. Ainsi le 22 février, plusieurs propositions ont été avancées aussi bien par la Fédération nationale ovine (FNO) que par le parlementaire Pierre Morel-A-L’Huissier à la suite d’une rencontre sur le sujet. La FNO a établi un manifeste à destination des politiques pour que ces derniers en viennent à établir « une politique de gestion du loup qui s’engage à défendre les éleveurs et leur famille ». Pour ce faire, le syndicat a rédigé plus d’une dizaine de propositions comme « le refus de toute conditionnalité des indemnisations par la mise en place préalable de mesures de protection » ou « la prise en charge budgétaire des coûts de la prédation sur les crédits du Ministère de l’écologie et non sur celui du ministère de l’Aagriculture (au détriment des autres aides agricoles dans les régions les plus touchées) ». La FNO a rappelé que le coût de la prédation en France est de plus de 22 millions d’euros en 2016 et représente près de 10 000 brebis tuées.
10 000 brebis tuées en 2016
De son côté, Pierre Morel-A-L’Huissier, après plusieurs heures de discussions, a proposé une dizaine « d’orientations » à la suite d’une rencontre organisée avec d’autres parlementaires et professionnels. Il s’agit notamment de « revoir les comptages de loup » en France, qui ont été à l’origine de nombreux débats dans la salle, de « revoir le quota de prélèvement des loups », de « renforcer le pouvoir de police des maires » et surtout de responsabiliser l’État à la suite d’attaque de chiens de protection envers des touristes. Deux avocats et une magistrate sont intervenus expliquant les « paradoxes » de la législation française notamment dans l’application des techniques de protection et du rôle de l’État. Par exemple, l’État subventionne l’achat des chiens de protection mais n’est pas responsable en cas d’attaque de ces derniers sur des touristes. De même, le Mmaire peut être pris à défaut dans ce cas-là, car il a « un rôle de prévention des accidents ». La magistrate Frédérique Geymond a recommandé les groupements pastoraux à prendre des assurances à ce sujet, ce qui n’est que rarement fait aujourd’hui. Elle prône une « gestion territoriale et collective » des chiens de protection qui sont « des molossoïdes en liberté, mal socialisés et en meute inorganisées » ne rentrant pourtant pas dans la législation des chiens dangereux.
Responsabilité civile et pénale
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La question de la divagation des chiens de protection a été soulevée, sachant que laisser divaguer son chien reste une faute de la part du propriétaire au niveau de la loi. Invité, Marco Cipriani de la Direction générale de l’environnement à la Commission européenne a expliqué que c’était à l’État d’assurer la protection du loup et la coexistence avec les éleveurs. « Le loup a toujours fait partie du patrimoine de la biodiversité européenne. Il fait aussi partie du patrimoine historique et culturel. Il y a donc des obligations qui en découlent », a-t-il avancé. Il a rappelé qu’en Espagne ou en Pologne, la population de loup dépasse plusieurs milliers d’individus et pour autant elle n’est pas sujette à de telles discussions. Il a invité les Français à s’inspirer des méthodes d’autres pays. « C’est justement dans les zones où le loup a été absent durant plusieurs années, comme la France, que l’on voit le plus de conflits. Les pratiques ont été perdues », soulignait-il. Aussi, la France se trouve bien seule à Bruxelles pour défendre le dossier, d’autant plus que le loup en France avec ses 300 individus (voire 600 selon certains) est loin de « pulluler ».
Le loup, source de folklore, même à l’Assemblée nationale
Lors de la rencontre parlementaire du 22 février, le loup a été source de nombreuses réactions dans la salle, parfois surprenantes dans un lieu comme l’Assemblée nationale. Ainsi un sénateur a, curieusement, profité de ce débat pour annoncer sa candidature à la présidentielle ; le parlementaire Pierre Morel-A-L’Huissier a fait, lui, largement preuve de sexisme avec un : « ll va falloir des réponses un peu viriles pour que cela [la question du loup, ndlr] avance », Yann Souriau, maire de Chichilianne a évoqué une situation apocalyptique dans sa région avec « des cadavres même dans les cours des maisons. En mai, il y aura le massacre des bêtes comme des gens et les meutes de chiens errants finiront ce que les loups ont commencé », sans parler des réflexions du grand témoin Jean-Claude Bourret sur les repas au coin de l’âtre, la « tourte de pain » de son enfance et ses réveils à quatre heures du matin. « On nous ment », a-t-on pu entendre hurler régulièrement dans la salle. Une journaliste du Midi-Libre, « naïve » sur le sujet, en est même restée… pantoise !