Les budgets des entreprises agroalimentaires alloués à la R&D restent à des niveaux bas – le plus souvent inférieurs à 1%. Malgré ce constat, l’Union européenne va, pour sept années encore, miser sur l’innovation du secteur en cofinançant certains de ses projets : l’alimentation fait partie des 9 thématiques de recherche prioritaires soutenues par la Commission européenne, a dévoilé le 6 avril Janek Potocnik, le commissaire en charge du dossier.
Près de 2,5 milliards d’euros. C’est la somme que la Commission européenne prévoit de dépenser pour soutenir la recherche et le développement dans le secteur alimentaire. Pourtant, Bruxelles l’avait un temps exclu de ses priorités, constatant la faiblesse des investissements privés dans le domaine (voir encadré). La CIAA (Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne) et les organisations agricoles comme le Copa-Cogeca peuvent mettre à leur actif cette réussite : être parvenu à convaincre les pouvoirs publics que leur secteur devait malgré tout figurer parmi les 9 thématiques de R&D prioritaires pour les années 2007-2013.
L’objectif de ces cofinancements débloqués par l’exécutif communautaire est de « faire de l’Europe le chef de file de la recherche mondiale dans certains secteurs », s’est enthousiasmé Janez Potocnik, le commissaire à la recherche, lors de la présentation de son projet, le 7 avril. Par le biais de plates-formes technologiques, le commissaire slovène espère relancer la croissance des secteurs bénéficiaires du programme en comblant notamment le fossé qui persiste entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée et en favorisant une meilleure collaboration entre le public et le privé.
En faire mieux profiter les PME
Il espère aussi une meilleure implication des petites et moyennes entreprises au sein des projets cofinancés. « Il faut qu’elles participent, défend le commissaire , mais elles doivent jouer le jeu de la mise en concurrence ». Le programme précédent leur a peu profité. Si les objectifs de 15 % des financements réservés à des PME ont été officiellement atteints « cela ne reflète pas la réalité qui se situe plus aux alentours de 7 à 8 % », indique-t-on de source diplomatique.
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Autre incertitude, soulignée par un diplomate français : les perspectives de financement du programme de M. Potocnik tablent sur un doublement des crédits accordés à la recherche par l’Union européenne – à plus de 70 milliards d’euros. Rien n’est moins sûr, étant donné le vent de rigueur budgétaire planant sur l’Europe. D’autant que les six Etats membres qui contribuent le plus au budget de l’Europe exigent son plafonnement à 1% du PIB communautaire. Les orientations présentées par le collège des commissaires prévoient des dépenses à hauteur de 1,14% du PIB.
« Les scientifiques ont besoin de continuité »
Reste que l’essentiel pour l’agroalimentaire est bien de n’avoir pas été exclu de cette source de financement et surtout d’avoir ce projet : conforter sa place de leader dans les technologies alimentaires. « Les chercheurs ont besoin de continuité pour mener à bien leurs travaux scientifiques », a répondu Janek Potocnik aux critiques venant d’autres secteurs écartés de cette manne.
Plus généralement, l’objectif du programme est d’atteindre les 3% du PIB communautaire consacré à la recherche. Et l’Europe – avec ses 2% – est loin derrière les Etats-Unis ou le Japon. Pour cette raison, de nouveaux outils d’aide à l’investissement privé pour l’innovation seront mis en place par la Commission de Bruxelles. Elle souhaite par exemple soutenir les initiatives technologiques en facilitant la prise de risque avec le concours de la Banque européenne d’investissement.