La 3e conférence internationale sur la « Climate-Smart Agriculture » a réuni près de mille participants du monde entier à Montpellier, du 16 au 18 mars. Un objectif : l'émulation des chercheurs pour alimenter les négociations climatiques de décembre prochain.
Pas moins de 756 participants de 72 pays différents se sont réunis à Montpellier pour la troisième conférence internationale sur l'agriculture climato-intelligente, le 18 mars. Après trois jours de rassemblement, Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement de l'Inra, constate : « 37% des travaux traitent de l'adaptation de l'agriculture, 20% de l'élevage... » En revanche, peu de travaux traitent des dispositifs d'investissements. Dans les étages du centre Corum de Montpellier, les discussions vont bon train sur l'utilité ou non du concept de « Climat-smart agriculture ». Car « les recherches et les pratiques agricoles pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre existent depuis longtemps ». Amamadou Allahoury, haut commissaire à la stratégie nationale pour la sécurité alimentaire et le développement agricole au bureau du président du Niger, commente : « Le dérèglement climatique, vous savez, ça va tellement vite au Sahel. Nous n'avons plus besoin de discours et de recherches, encore de recherches… Nous avons besoin d'actions ».
Chercheurs sollicités
L'appel a été entendu. Puis la conférence s'est poursuivie, notamment avec l'intervention par vidéoconférence de Laurence Tubiana, ambassadrice du gouvernement français pour Paris Climat 2015, qui s'est adressée aux chercheurs présents à Montpellier. « Vos travaux auront des conséquences pour les négociations climatiques de Paris en décembre 2015 », a-t-elle assuré. Elle ajoute : « On doit convaincre du rôle de l'agriculture pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre ». L'agriculture n'avait jamais été présente dans les négociations climatiques. Un regret exprimé par Patrice Burger, directeur de la commission climat et agriculture de Coordination Sud : « Exclure l'agriculture pendant seize ans des négociations n'a pas de sens ».
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Un programme de recherche international
Le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé la mise en place du programme de recherche international, le « 4 pour 1000 ». Si la recherche doit ajouter son grain de sel aux négociations climatiques en décembre prochain, elle le fera dans le sens d'une amélioration des stocks de matière organique des sols de 4 pour 1 000 par an. « Une telle augmentation permettrait de compenser l'ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète. Inversement, une diminution de 4 pour 1 000 déboucherait sur un doublement des émissions », a indiqué le ministère. L'enjeu est donc considérable et le rôle de l'agriculture dans la lutte contre le réchauffement climatique est appelé à être analysé et sans doute étendu. « La séquestration du carbone dans les sols agricoles est une des contributions de l'agriculture et de l'ensemble du secteur des terres, dont la forêt, à l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre », a commenté le ministère.
«L'alliance agriculture climato-intelligente (climate-smart agriculture) soutient le développement d'une agriculture qui fait disparaître les paysan(ne)s (...). Poursuivre et accélérer l'industrialisation et la financiarisation de l'agriculture est le véritable objectif », ont dénoncé la Confédération paysanne et Attac (mouvement altermondialiste) dans un communiqué, le 16 mars. L'alliance se réunissait pour sa 3e conférence mondiale à Montpellier du 16 au 18 mars. La Conf' et Attac ont annoncé la publication d'un rapport « qui dénonce les dispositifs donnant la priorité aux biotechnologies et à la finance carbone plutôt qu'aux savoir-faire et pratiques des paysans et paysannes ».