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Blé tendre La régularité et la proximité géographique, atouts pour l’exportation

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La compétitivité des productions de blé en France a été analysée lors d’un colloque intitulé « Le blé, un atout pour la France » organisé par Arvalis à Paris le 7 mars. L’occasion pour Philippe Pinta, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), de rappeler l’importance des productions de céréales dans la balance commerciale française. « En France, l’excédent commercial dégagé par les céréales à l’exportation représente 7,5 milliards d’euros pour la récolte 2010 », a-t-il d’ailleurs souligné. La régularité de la production française a été jugée comme un atout pour l’exportation.

«En améliorant notre productivité, nous garderons notre place parmi les premiers exportateurs mondiaux de blé », a déclaré Philippe Pinta, président de l’AGPB, ouvrant le colloque « Le blé, un atout pour la France » organisé par Arvalis le 7 mars. Selon lui, la France dispose d’un atout incontestable en ce qui concerne la production de blé tendre et de céréales, « c’est la stabilité de ses niveaux de production grâce à ses sols et à son climat ». « En 2011 la production française de blé tendre n’a baissé que de 6% alors qu’une forte sécheresse a touché le pays », a d’ailleurs souligné Philippe Pinta.

Les atouts français pour l’exportation de céréales
« Avec, au niveau mondial, une hausse de trois personnes par seconde, et la perte d’un hectare de terre agricole toutes les sept secondes, nous sommes face à un effet de ciseaux », a souligné François Pignolet, directeur général adjoint d’Axereal. Montrant que les zones importatrices de céréales dans le monde sont, pour partie, à portée de la France, François Pignolet a signalé que « le premier atout des blés français est leur proximité des débouchés nord-africains ». De plus, selon lui, cette zone n’aura pas les terres cultivables pour remédier à sa situation importatrice. Soulignant qu’en termes de défaut de paiement, l’Algérie était moins risquée que l’Ukraine, il a insisté sur le besoin de solvabilité et de confiance dans les clients pour le commerce international des céréales. Là encore, la proximité, sous sa forme morale, constitue, selon François Pignolet, un atout pour les débouchés à l’export des céréales françaises. Troisième atout, « la pérennité » des quantités et qualités offertes par la France. « Plus de 40% du blé tendre produit en France est exporté, dont 80% en qualité meunière », a indiqué François Pignolet. Pour lui, les pays du Maghreb auront encore longtemps besoin des céréales françaises pour nourrir leurs populations. Expliquant que la France réalisait 50% des exports de blé tendre vers pays tiers de l’Union européenne, il a insisté sur le fait que le marché d’exportation n’est plus une variable d’ajustement du bilan français, mais un vrai débouché industriel pérenne.

Les leaders mondiaux de la production de blé se défient
« En 2010, lorsque la Russie a mis un embargo sur ses exportations de céréales, l’Egypte a reporté une partie de ses achats sur les origines françaises », a souligné François Pignolet, en insistant sur le rôle régulateur de la France dans le commerce mondial des céréales. Cependant, il a ajouté que des concurrents plus ou moins lointains commençaient à offrir des qualités équivalentes à celles offertes par la France. Ces concurrents sont, selon lui, le Mexique, l’Argentine, l’Uruguay ou la Russie. Outre la proximité et la régularité de l’offre française, François Pignolet a indiqué que si la recherche était un atout pour la France, elle l’était de moins en moins face à ces nouveaux concurrents relativement actifs dans ce domaine. D’ailleurs, Crystel L’Herbier, ingénieur au pôle économie et systèmes chez Arvalis, a expliqué que « depuis le retour dans les années 2000 de la Russie sur le marché mondial des céréales, l’Argentine a perdu sa place dans le top cinq des premiers exportateurs mondiaux de blé ». Soulignant une concurrence croissante sur ce marché, elle a estimé que la Russie pourrait devenir le deuxième ou troisième exportateur mondial de blé dans les prochaines années si le pays réglait ses problèmes de logistique.

Quelques éléments prospectifs du marché du blé tendre
Ayant détaillé les principaux facteurs de la compétitivité des producteurs de blé tendre mondiaux (cf. encadré), Crystel L’Herbier a évoqué les facteurs de distorsion de concurrence en comparant la Russie et l’Ukraine à la France. Ainsi, selon elle, les coûts de main d’œuvre seraient inférieurs de 35€/t de blé produite en Russie et de 61€/t en Ukraine. Même constat sur les engrais avec des coûts inférieurs de respectivement 13 et 6€/t en Russie et en Ukraine. En revanche, les soutiens publics aux producteurs en France sont supérieurs de 38€/t. Toujours selon Crystel L’Herbier, les taux de change favoriseraient une baisse des coûts de production chez les deux géants de l’Est. Cependant, les coûts de mise en marché, notamment logistiques, en Russie et en Ukraine sont assez élevés. « Le prix payé au producteur représente moins de 70% du prix Fob, contre 85 à 90% en Europe », a indiqué Crystel L’Herbier. Enfin, elle a montré que la demande mondiale en blé tendre gagnerait 61Mt d’ici à 2020, dont 10Mt pour l’Afrique. L’Afrique du Nord participerait pour 7Mt à cette hausse de la demande. Une aubaine pour les productions françaises à proximité. Mais Crystel L’Herbier a insisté sur le fait que la concurrence russe sur des blés meuniers de qualité par rapport aux qualités françaises allait s’intensifier, « avec des qualités russes parfois meilleures qu’en France ». L’Ukraine continuera aussi à constituer un concurrent sérieux, mais davantage sur les blés de basse qualité ou fourragers.

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