Les mauvaises moissons de céréales en 2024 vont peser sur la rentabilité des coopératives céréalières françaises durant la présente campagne commerciale 2024-2025, craint la Coopération agricole Métiers du grain. La profession est en quête de solutions et de fonds.
Certes, la situation financière des coopératives céréalières hexagonales « ne s’était pas dégradée en moyenne » entre les campagnes 2022-2023 et 2023-2024, a rappelé le président de la section économique et financière du HCCA (Haut conseil de la coopération agricole), François Macé, lors d’une conférence de presse le 31 janvier. Mais au vu des moissons céréalières catastrophiques en 2024, la profession ne se fait guère d’illusion : elle devrait significativement se détériorer en 2024-2025. Des soucis structurels d’ordre économique sont pointés du doigt. Le syndicat alerte sur la dégradation de la rentabilité, le manque de fonds propres et la hausse de la dette des sociétés.
La situation s'était déjà dégradée l'an dernier sur les deux derniers paramètres ; citons le ratio dettes financières nettes sur fonds propres, qui est passé de 74,88 % en 2018-2019, à 96,39 % en 2022-2023, pour terminer à 93,88 % en 2023-2024. Côté rentabilité, la marge d’Ebitda est restée relativement stable, passant de 3,28 % en 2018-2019 et 2022-2023 à 3,31 % en 2023-2024. Mais la moyenne masque des inégalités.
Petites structures en souffrance
Les variabilités sont importantes selon la taille de l'entreprise. Dans les coopératives dépassant les 500 M€ de chiffre d’affaires, ce taux s'est légèrement dégradé passant de 3,23 % à 3,29 % entre 2022-2023 et 2023-2024, contre 3,73 % en 2018-2019. Tandis que dans les entités de moins de 100 M€, il a chuté, passant de 3,08 % à 2,44 % (3,09 % en 2018-2019). « Les petites structures ont des charges incompressibles plus importantes en rapport avec leur chiffre d’affaires, les rendant plus vulnérables aux récents à-coups », analyse François Macé. La croissance des coûts (salaires, taux d’intérêt, énergie etc.) cumulée au recul des cours des céréales entre 2022-2023 et 2023-2024 a davantage frappé les sociétés les plus modestes.
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Et ces indicateurs pourraient empirer en 2024-2025, du fait des mauvaises récoltes, des prix des grains encore relativement bas par rapport à 2022, et des charges encore en hausse. Ce qui devrait accélérer la concentration du secteur. « Pour moi, la question de la taille n’est pas un sujet. Il faut avant tout être capable de rivaliser avec des concurrents internationaux, comme par exemple Bunge-Viterra », lance Jean-Sébastien Loyer, directeur général de la Scael.
Le réseau planche sur d'autres solutions que la concentration. Pour enrayer la dégradation des comptes des entreprises seraient de travailler à réduire les charges fixes (en se délestant par exemple de certains silos), se regrouper, mais aussi de trouver de nouveaux financements afin de se moderniser, d’après le syndicat. Concernant les financements, la Coopération Agricole Métiers du grain s’est lancée dans la création d’un fonds de 1 milliard d’euros (Md€) d’ici à 2030. Les objectifs sont multiples : aider les sociétés à instaurer le Plan infrastructure 2030, moderniser leurs outils de transformation (meunerie, boulangerie etc.), accélérer leur décarbonation etc.
Mais il reste difficile d'attirer des capitaux pour des entités à faible rentabilité, dans un contexte céréalier actuellement peu porteur. Ainsi, le syndicat recherche des fonds « peu liquides, et peu exigeants en termes de performance et ce dès 2025 si possible. On peut aussi appâter des acteurs plus exigeants, et les mélanger avec d’autres qui le seront moins, afin de lisser les coûts », détaille François Macé. Divers noms de potentiels contributeurs sont ressortis. Citons par exemple Sofiprotéol, Crédit Agricole, Unigrains, Natixis, Groupama, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).