Les experts de la méthanisation n'arrivent pas à se mettre d'accord pour estimer la rentabilité des unités de méthanisation à la ferme. Les désaccords étaient notoires lors du colloque organisé par Arvalis sur la méthanisation à la ferme à Paris, le 21 octobre.
«SI vous ne prenez pas en compte les impôts et les annuités dans les calculs de rentabilité, vous ne pourrez pas vendre les résultats à la DGEC (1) », explique Claude Roy, ancien directeur de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) lors de la conférence sur la méthanisation à la ferme organisée par Arvalis (institut du végétal) à Paris, le 23 octobre. Il réagissait à la présentation d'une étude sur la rentabilité des unités de méthanisation à la ferme. Guillaume Bastide, spécialiste du domaine à l'Ademe qui coordonnait cette étude, révélait des résultats très encourageants. « Le temps de retour brut sans subventions est seulement de huit ans », expliquait-il, se référant aux résultats de l'étude. Sur l'échantillon étudié, certains méthaniseurs auraient été rentables même sans subventions. Oui, mais dans le calcul, les experts précisent que les annuités et les impôts sur les sociétés n'ont pas été pris en compte. Une précision qui change tout pour bon nombre de participants à la conférence. La fiscalité et le financement sont déterminants pour savoir si le projet est rentable car, au-delà des coûts de fonctionnement et d'approvisionnement de l'unité de méthanisation, il faut rembourser les annuités et payer des impôts.
Besoin d'une étude globalePar conséquent, les études se multiplient, mais les résultats ne disent pas la même chose. Ainsi, l'Ademe présente un investissement de 5 600 euros par kWe (kilowatt électrique). Ce résultat se rapproche de l'étude menée par un consortium d'instituts techniques (2) qui table plutôt sur 5 610 euros par kWe. En revanche, la Cavac, coopérative agricole, qui porte les projets d'unités de méthanisation de ses adhérents agriculteurs, présentait des résultats un peu plus élevés : entre 7 000 et 10 000 euros par kWe.
«Les lourdeurs administratives sont décourageantes. On aurait besoin d'encourager les initiatives », a déclaré Christophe Terrain, président d'Arvalis (institut du végétal), lors de la conférence « La méthanisation à la ferme a-t-elle un avenir ? » à Paris, le 21 octobre. La coopérative agricole Cavac témoigne dans le même sens à propos d'un collectif d'agriculteurs qui souhaite mettre en place un méthaniseur : « On entame la cinquième année de procédures... » Pour rappel, Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, a promis « qu'il ne se passera pas plus de deux ans entre le dépot d'un dossier et l'obtention d'un permis d'exploiter », à l'issue du vote de la loi de transition énergétique à l'Assemblée nationale le 14 octobre dernier.
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Si les différences sont certainement liées à l'échantillonnage, le constat n'en reste pas moins révélateur du manque d'études globales sur la rentabilité des installations à la ferme. L'enjeu est de taille : les ministères en charge du développement de cette énergie renouvelable annoncent des objectifs ambitieux. 1 500 méthaniseurs doivent être soutenus par un appel à projet lancé par Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie. La création de 1 000 méthaniseurs à la ferme en 2020 est prévue par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, dans le plan Énergie méthanisation autonomie azote. Mais sans garantie de la rentabilité des installations, « les banques resteront frileuses », s'accordent les experts présents à la conférence. Et sans banques, les projets auront du mal à voir le jour, soutien politique ou non.
(1) Direction générale de l'énergie et du climat
(2) l'Institut de l'élevage, le Centre technique interprofessionnel des oléagineux et du chanvre, l'Institut technique de l'aviculture, l'Institut technique français du porc et l'institut du végétal