Abonné

Produits carnés La réorganisation de la filière volaille en marche

- - 9 min

Dans une filière volaille malmenée, que ce soit sur le marché intérieur ou sur l'export, les lignes bougent. En reprenant l'activité volailles de Sofiprotéol, LDC mène à bien une opération structurante. Doux, autre acteur majeur du secteur, avec une sa production destinée majoritairement à l'export, affirme avoir sorti la tête de l'eau. Au-delà des interrogations particulières sur ces deux dossiers (quel avenir pour le site de Blancafort ? Quelle durabilité pour le redressement de Doux ?), d'autres questions se font jour sur les autres mouvements qui peuvent se dessiner dans le secteur et sur la possibilité pour Gastronome (Terrena), le numéro deux du marché en chiffre d'affaires, de fédérer un pôle coopératif dans la volaille en France.

O PÉRATION structurante pour le secteur, la reprise des activités volailles de Sofiprotéol par LDC (plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur le dernier exercice, dont 61,7 % en volaille France) doit permettre de redresser les premières. Avec un chiffre d'affaires de 330 millions d'euros et un résultat opérationnel courant consolidé estimé à 3 millions d'euros pour 2014, elles sont loin des standards de rentabilité de LDC (4 % de marge opérationnelle courante pour l'ensemble du groupe sur le dernier exercice). Notamment à cause du site de Blancafort (ex-Doux) dans le Centre, « clairement déficitaire », selon Denis Lambert, le patron de LDC. Ce site, plutôt orienté vers la dinde, un marché difficile, pourrait être réorienté vers le poulet

Actuellement, la France importe 3 millions de poulets chaque semaine. LDC vise, avec la création de la Société bretonne de volailles, qui regroupera toutes les activités produits industriels et pour le hors foyer du groupe, 1,5 million de poulets supplémentaires par semaine, par rapport aux volumes actuels. « Il y a des producteurs qui ont envie de travailler à proximité de Blancafort, explique Denis Lambert. Si nous faisons ces 1,5 million de poulets supplémentaires, nous aurons besoin de ce site ».

Duc toujours en attente d'une recapitalisation

A moins d'un mois de la fin de l'année, le groupe Duc n'a toujours pas publié ses comptes pour le premier semestre 2014. Le 29 septembre, le groupe coté sur le compartiment C d'Euronext annonçait le report de cette publication au plus tard au 31 octobre. Un décalage que la société expliquait dans un communiqué par « les nombreuses opérations juridiques et financières conduites (…/…) dans le cadre de son plan de réorganisation de la structure financière ». À ce jour, Duc n'est pas en mesure de donner une nouvelle date ... Coincé entre la hausse du coût des matières premières et la pression sur les prix, le groupe a creusé ses pertes en 2013, avec un résultat opérationnel courant négatif de 4,8 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 201,25 millions. Eligible à certaines aides publiques, Duc devait avant tout restaurer ses fonds propres négatifs à hauteur de 6,1 millions d'euros au 31 décembre 2013. Mi-août, lors de la publication de son chiffre d'affaires sur les six premiers mois de l'année, Duc confirmait sa recapitalisation avant la fin 2014. En mai dernier, Joël Marchand, le directeur général de Duc, nous confirmait « une remise au pot de l'actionnaire de référence ». Pour mémoire, Groupe Verneuil, holding appartenant à l'homme d'affaires François Gontier, détient directement et indirectement 68,62 % du capital de Duc. Le groupe coopératif Cecab, actionnaire à hauteur de 16,82 %, nous a déclaré ne pas souhaiter prendre la parole sur Duc.

Les deux groupes sont liés au travers de Volailles de l'Odet (Cecab), un abattoir spécialisé dans l'abattage de dindes situé à proximité du site de transformation de Duc, qui les découpe et les commercialise.

Gastronome ou la nécessité d'un numéro deux solide

Numéro deux du secteur, Gastronome (865 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013), qui a décidé de fermer le site de Luché Pringé (72), semble retrouver une meilleure santé. « Après plus de 50 millions de pertes sur les quatre dernières années, la filiale du groupe coopératif Terrena doit revenir à l'équilibre opérationnel sur l'exercice en cours », affirme Maxime Vandoni, directeur général du groupe. Mais Gastronome est-il suffisamment développé pour jouer un vrai rôle de challenger sur le marché face à LDC ? Rappelons que Terrena détient aussi 49 % de Fermiers du Sud Ouest (FSO, 218 millions d'euros de chiffre d'affaires), qui commercialise une partie de sa production, la marque St Sever notamment, via Gastronome (FSO est contrôlé par Maïsadour). Thierry Zurcher, directeur général de Maïsadour, s'est dit satisfait des résultats de FSO lors de la présentation des résultats du groupe le 2 décembre. La progression des ventes, assortie du retour à une « dynamique de rentabilité », conduit le groupe à revoir ses approvisionnements à la hausse, même si la branche périgourdine des activités n'est « pas encore tout-à-fait calée ».

Vers une consolidation du périmètre coopératif

Gastronome sera-t-il amené à concentrer autour de lui les acteurs qui restent dans la volaille française, notamment dans le périmètre coopératif ? « Je pense que d'autres acteurs vont bouger et se regrouper », a déclaré Denis Lambert lors de la présentation des résultats semestriels de LDC le 27 novembre, faisant allusion à une déclaration de Xavier Beulin. Lors du congrès de la Confédération française de l'aviculture le 30 octobre, celui-ci a en effet appelé de ses vœux la création d'un numéro deux solide.

Un sujet certes « important, selon Philippe Chapuis, directeur de l'agroalimentaire de Crédit Agricole S.A., mais dont la dimension s'inscrit plus largement au niveau de l'ensemble de la filière ». Et ce dernier de saluer les dernières opérations dans le secteur, « un signe politique fort » qui témoigne « d'une prise de conscience de la part des industriels et de la profession ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Terrena, qui est prêt à céder le contrôle d'Elivia (viande bovine) à l'irlandais Dawn Meats (voir Agra Alimentation du 27 novembre 2014), insiste pour sa part sur le fait que la volaille est une activité stratégique pour le groupe.

Reste à savoir quel pourrait être l'intérêt de Gastronome à reprendre les outils de Ronsard (151 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013, contrôlé par Triskalia), Volaille de l'Odet (Cecab), Secoué (Agrial) ou Duc, des acteurs dont aucun n'est dans une forme éclatante, et entre lesquels des passerelles existent. Terrena travaille déjà avec Triskalia dans le lait (Laïta), avec Maïsadour dans la volaille via FSO, Agrial travaille avec Maïsadour dans les légumes et Cecab est actionnaire minoritaire de Duc.

Vers une nouvelle étape pour Doux

Dans la volaille export, mise à mal par la fin des restitutions, Arnaud Marion, président du directoire de Doux, affirme que la société a sorti la tête hors de l'eau, un an après le jugement du tribunal de commerce. Le dirigeant, qui a restauré la confiance avec les représentants des salariés, insiste sur le « redressement structurel » opéré chez Doux, grâce aux restructurations menées à bien après le dépôt de bilan, aux efforts de compétitivité et à un modèle de production intégré. « Doux est revenu à l'équilibre au troisième trimestre 2014 », explique-t-il, reconnaissant toutefois profiter de la détente des matières premières et de taux de changes plus favorables. En parallèle, « les coûts de production au Brésil explosent, notamment la main d'œuvre, dont le coût progresse de 8 à 10 % par an », souligne-t-il. Normalement bientôt débarrassée du fardeau brésilien – sa filiale Frangosul devrait être cédée au groupe brésilien JBS – Doux fera officiellement entrer le saoudien Almunajem dans son capital, à hauteur de 25 %, le 9 décembre, laissant les 75 % restant aux mains de D&P, le fonds dirigé par Didier Calmels, qui a repris Doux à la barre du tribunal de commerce l'an passé. Une remise à plat qui amène à s'interroger sur la prochaine étape de l'histoire de Doux.

Comment moderniser les élevages ?

P ARMI les pistes pour relancer la filière avicole française, la consolidation industrielle, la révision des contrats entre producteurs et abatteurs, l'amélioration des performances techniques, mais aussi la modernisation des bâtiments de production, qui ont en moyenne 22 ans d'âge. Pour cela, il faudra investir 165 millions d'euros par an en six ans, estime la Confédération française de l'aviculture (CFA). « Ces investissements sont un sujet de filière, insiste encore Philippe Chapuis, au Crédit agricole.

Aujourd'hui, investir est nécessaire à chaque niveau de la filière. Cela passe par des souches plus adaptées, des bâtiments d'élevage rénovés et agrandis, un parc d'abattoirs restructuré et, demain, par le développement de marques pour certaines qu'il faudra faire revivre ou relancer ». Et Arnaud Petit de Bantel, ingénieur d'affaires de Crédit Agricole S.A. de rappeler qu'il y a 10 ans la France dégageait plus de 900 millions d'euros de balance commerciale positive sur la volaille, avant que ce niveau ne dégringole aujourd'hui à 190 millions d'euros. Plutôt optimiste sur la relance du secteur au vu des dernières annonces, ce dernier met en avant « une consommation française de volaille dont la tendance correspond à une croissance régulière ces dernières années, avec des acteurs français dotés d'un vrai savoir-faire permettant d'offrir aux consommateurs une gamme de produits particulièrement large », comme autant de facteurs encourageants et porteurs pour l'avenir, à condition d'investissements. Le concours du fonds de modernisation (Europe-Etat-Région) de 200 millions d'euros par an, réservé en grande partie à l'élevage, ne sera pas suffisant, selon Jean-Michel Schaeffer, administrateur de la CFA, qui propose aux outils financiers des filières céréalière et oléo-protéagineuse, Unigrains et Sofiprotéol, d'étudier avec les éleveurs « des mécanismes de soutien à l'investissement ».

Tilly Sabco, également actif sur le segment de la volaille export (dont contrairement à Doux, il dépend à 100 %), n'aura pas eu la même chance. Mise en liquidation, la société et ses salariés attendent toujours le jugement du tribunal de commerce (le 5 décembre) pour savoir quelle offre de reprise a finalement été retenue.

Lire le dossier complet dans Agra Alimentation du 4 decembre 2014 n°2313