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Porcs, volailles La répercussion des coûts de production est urgente

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Les éleveurs arrivent à un point critique de leur histoire, car la hausse des coûts de production, autrefois exceptionnelle, est durable. Les filières hors sol stagnent, voire se replient, sous l’impact des hausses de coût. Et c’est bien là l’objet des inquiétudes de tout un pan de l’agriculture française. La distribution est dans le collimateur des professionnels : « A quand la répercussion des coûts de production jusqu’au consommateur ? ». Dans un contexte, où précisément le pouvoir d’achat des consommateurs est mis à mal, la question est un véritable casse-tête pour l’ensemble de la filière.

«À très court terme, avec un aliment à 280 euros la tonne, qui va atteindre très rapidement les 320 euros, c’est 1,65 euro que le cadran doit afficher dans les plus brefs délais », prévient Jacques Crolais, président du Comité régional porcin (CRP) de Bretagne dans un communiqué de presse du 20 juillet. La filière porcine est au bord du gouffre. Car le coût de l’alimentation, c’est 70% des coûts de production. Et la situation semble s’inscrire dans la durée, contrairement à la crise de 2008. « La perspective d’un aliment à 360 euros la tonne en fin d’année est déjà annoncée par certains experts », déplore Jacques Crolais.
En apparence, la situation semblerait s’améliorer ces dernières semaines. D’après les experts de l’Institut technique du porc (Ifip), alors que le prix de l’aliment progresse de 1,9% au mois de juin, le prix du porc, lui, gagne 8% entre mai et juin. Le prix du porc au mois de juin 2012 est 10% au-dessus des niveaux de juin 2011 (+15 centimes). Pourtant, cela ne compense pas des mois de dégradation des marges des éleveurs. Exemple, en mai, le prix de l’aliment gagnait 2% alors que prix du porc reculait du même taux. Aujourd’hui, le prix payé aux éleveurs ne permet pas de compenser les charges de production, ce que ne manquent pas de rappeler les professionnels. « La situation n’est plus tenable pour les éleveurs de porcs, de volailles, de bovins. Les indicateurs de revenus se dégradent de mois en mois », lit-on dans un communiqué de presse de la FRSEA Pays de la Loire et des Jeunes agriculteurs du 24 juillet. Pourtant, les experts de l’Ifip rappellent que le prix des pièces de porcs progresse : + 4,2% entre mai et juin 2012, soit une hausse de 4% par rapport à 2011. Une tendance moins marquée pour les prix en GMS (grandes et moyennes surfaces). D’après le Kantar World Panel, le prix du jambon et autres charcuteries a progressé de 2,6% en cumul annuel de janvier à juin 2012, et celui du porc frais de 4,5%. Des hausses insuffisantes. Pour Michel Rieu, directeur du pôle économique à l’Ifip, « cela fait cinq ans que les éleveurs mangent leur trésorerie ». Et le temps où les professionnels attendaient une régulation des marchés agricoles est fini.

Virage historique de la formation des prix

Bien que la situation soit extrêmement difficile depuis cinq ans pour les éleveurs, elle atteint un point critique de son histoire cette année avec la nouvelle flambée du cours des matières premières. « Deux choses se sont arrêtées en 2006 », explique Michel Rieu, directeur du pôle économique de l’Institut technique du porc (Ifip). La première est la régulation des coûts de production qui n’est plus automatique. Le cours des matières premières est en hausse, durablement. C’est un nouveau facteur de l’équation. La deuxième chose, c’est la disparition progressive du cycle du porc. « Historiquement, le prix du porc était déterminé par les fondamentaux du marché (offre et demande) », explique Michel Rieu. Ce n’est plus le cas. Concrètement, « les structures sont moins souples, plus spécialisées. Les ajustements de l’offre se font donc moins facilement ». La plus grande perméabilité du marché français aux importations de viandes y est sans doute aussi pour beaucoup.
En outre, la conjoncture n’est pas vraiment favorable à la filière porcine. D’après les experts de l’Ifip, la hausse estivale des prix n’a pas eu lieu en filière porcine, car les consommateurs n’étaient pas au rendez-vous. De fait, les mauvaises conditions climatiques ont sérieusement repoussé la saison des grillades pour l’année 2012. Résultat, même si les prix payés au producteur sont toujours à des niveaux élevés par rapport aux années précédentes, les perspectives sont tout à fait inquiétantes pour les semaines et les mois à venir. « Si rien n’est fait, les éleveurs vont commencer à disparaître, alerte l’économiste de l’Ifip. D’autant qu’il est de plus en plus difficile de s’installer, faute de quoi financer les investissements et à cause de contraintes environnementales trop fortes ». Le contexte économique et financier global en Europe n’aide pas. « Nous n’avons pas de chance car, en plus, c’est la crise », poursuit Jacques Poulet. C’est la filière entière qui est mobilisée. Le monde change et la filière porcine française a aussi besoin de changer. « Fermer les yeux et nier la réalité d’un monde qui bouge autour de nous, sans agir, serait irresponsable : ce serait conduire des centaines d’éleveurs à la faillite dans les prochains mois », signale Jacques Crolais.

La distribution, dans le collimateur

« Le gouvernement souhaite regarder de près les mécanismes pour atténuer la volatilité des prix agricoles, pour mieux répartir la valeur ajoutée au sein de la filière. On ne peut pas rester là où nous en sommes aujourd’hui », a déclaré Guillaume Garot, ministre délégué à l’industrie agroalimentaire lors d’une séance au Sénat le 25 juillet. La question de la répercussion des coûts de production au sein de la filière mobilise les acteurs de la filière depuis les fabricants d’aliments à la distribution. Tous ont interpellé la grande distribution depuis plusieurs jours, la priant de rouvrir les négociations tarifaires. L’Afab (Association des fabricants d’aliments du bétail) attend « un réveil des politiques et des distributeurs pour prendre la mesure des dangers à venir ». Les coopératives estiment nécessaire et incontournable « une revalorisation des prix à la consommation », car l’argument de la concurrence est « recevable », mais, comme l’explique Jacques Poulet, directeur de Coop de France Pôle Animal, « il n’est plus suffisant ». La FNSEA et les Jeunes agriculteurs sont plus tranchants : « Les distributeurs ne doivent pas faire la sourde oreille et brandir le bouclier du pouvoir d’achat des consommateurs ! », lit-on dans un communiqué de presse du 24 juillet. « Nous attendons que les négociations s’ouvrent et aboutissent dans les meilleurs délais », ajoutent les professionnels dans le courrier signé par Xavier Beulin, président de la FNSEA et Michel Prugue, président de la CFA (Confédération française de l’aviculture). Ainsi, les professionnels demandent « une concrétisation rapide qui prenne en compte l’ensemble des augmentations de coûts de production ».

Ouverture des négociations tarifaires

S’il est compliqué de faire le point avec l’ensemble des distributeurs sur les négociations tarifaires, Guillaume Darasse, directeur général de Système U, affirme que les négociations tarifaires ont d’ores et déjà été réouvertes avec la filière avicole. « Nous avons rencontré les industriels de la filière avicole les 17 et 18 juillet dernier. Je ne peux pas dire le niveau des hausses qui ont été négociées. Mais il y a bien eu des négociations », explique-t-il. Concernant ses concurrents, il ne sait pas si les négociations tarifaires ont eu lieu. En filière porcine, une réunion est d’ores et déjà prévue fin août. Elle rassemblera Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la forêt, Inaporc (interprofession porcine) et la distribution. L’ordre du jour sera la répercussion des coûts de production au sein de la filière. « Pour les relations avec la grande distribution, il est évident qu’il faudra regarder les choses de près », déclarait Guillaume Garot devant les sénateurs le 25 juillet. Et d’ajouter d’une seule voix avec Stéphane Le Foll, qu’ils seront les ministres de l’action. « Il y a déjà suffisamment de rapports et d’études qui ont été faits ». Le message a bien été entendu par les professionnels.

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