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La réponse d’Olivier Charrier, directeur général de « Ferrero Belgique »

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Pour des raisons de santé, le Conseil supérieur de la santé de Belgique (CSS) recommande de limiter à + ou - 8 % les apports totaux journaliers en acides gras saturés dans certains produits alimentaires contenant de l'huile de palme. Vos produits ont des apports supérieurs à ce pourcentage. Comptez-vous suivre les recommandations du CSS et modifier en ce sens la composition de vos Nutella ?
Je préciserais tout d'abord que nos produits ont en fait une composition globale en acides gras saturés d'environ 10 à 11 % soit un peu moins que, par exemple, les 12 % qui existent en France. Deuxièmement, je reconnais qu'avec ce pourcentage de 10 à 11 % nous sommes légèrement au dessus des « plus ou moins 8 % » recommandés par le CSS. Au passage, on pourrait d'ailleurs supposer que le CSS en indiquant ce « plus ou moins 8 % », laisse en quelque sorte la porte ouverte à des pourcentages qui avoisineraient les nôtres...Cependant je dois dire que recommander de limiter à « + ou – 8 % » les apports totaux journaliers en acides gras saturés dans nos produits constitue pour moi une vision tronquée de la façon dont on doit considérer notre alimentation. Je ne vois donc aucune raison de changer la composition de nos produits.
 
Le CSS conseille aussi de remplacer l’huile de palme par d’autres huiles végétales pauvres en acides gras saturés athérogènes et riches en acides gras insaturés. Pourquoi le groupe Ferrero ne le fait pas ? Qu’est-ce qu’il l’en empêche ?
Au sein du groupe Ferrero nous visons avant tout une expérience de consommation ; nous voulons offrir le produit le plus délicieux qui soit à nos consommateurs. Pour nous le problème n'est pas de proposer des produits sans huile de palme mais d'offrir des produits de qualité en termes d'onctuosité et de préservation des saveurs. Nous utilisons l'huile de palme car elle permet d'obtenir la consistance souhaitée sans avoir recours au procédé d'hydrogénation qui pourrait occasionner la formation d'acides gras trans néfastes pour la santé. Il est vrai que, comme d'autres fabricants, on pourrait remplacer l'huile de palme par exemple par des mix d'huile de tournesol ou d'huile de coco mais cette alternative n'est pas à même de nous garantir cette onctuosité et cette stabilité uniques qui sont propres à nos produits. L'onctuosité parce que l'huile de palme est une huile solide à température ambiante ; la stabilité parce qu'elle résiste à l'oxydation avec le temps et donc au rancissement. Donc toutes ces alternatives à l'huile de palme ne sont pas à même de nous apporter cette qualité attendue de nos produits.
 
D'aucuns affirment que l’utilisation de l’huile de palme dans certains produits est liée au fait qu’elle ne coûte pas cher par rapport à d’autres huiles. Dans vos justifications de l’emploi de l’huile de palme dans les informations destinées aux consommateurs vous n’en parlez pas du tout. Ce n’est pas une honte de dire « je l’utilise parce qu’elle ne coûte pas cher » ?
Non, ce n'est pas pour une raison de coût que nous employons de l'huile de palme. Au sein de notre groupe nous visons la perfection. Nous nous faisons un devoir de recourir aux meilleurs ingrédients pour offrir des produits de qualité et de goût supérieurs. D'accord, le prix de l'huile de palme est moins cher que d'autres huiles mais ce n'est pas cela qui guide nos décisions. 100 % de l'huile de palme que nous utilisons est dé-sormais certifiée durable RSPO (1) de type ségréguée, qui est le niveau de certification le plus exigeant. Cela nous coûte une surprime d'environ 6 millions d'euros par an pour un produit comme le Nutella. Alors, dire que nous utilisons de l'huile de palme pour des raisons de coût ne correspond pas à la réalité. Tout simplement, nous recourons aux huiles les plus appropriées pour la fabrication de nos produits de qualité.
 
D'après l'industrie, l’huile de palme ne présente pas de danger pour la santé si elle est utilisée en quantité raisonnable. Pourquoi alors ne mentionnez-vous pas sur vos étiquettes clairement « huile de palme » au lieu de la cacher sous cette appellation passe-partout de é huile végétale » ?
Nous ne le mentionnons pas parce que cela n'est pas exigé par la réglementation actuelle. Sur nos étiquettes nous indiquons clairement le pourcentage de matières grasses saturées et c'est cela à notre avis qui est le plus important. Sur nos étiquettes nous ne communiquons pas sur cette question d'huile de palme mais nous le faisons sur d'autres supports que l'on verra encore dans les mois à venir notamment lors de nos campagnes de TV en France et en Belgique où nous disons clairement que « Dans nos Nutella il n'y a pas d'huile de palme ». Cependant quand la réglementation européenne exigera de nous de mentionner sur les étiquettes la présence d'huile de palme, nous le ferons. Mais je dois ajouter que nous sommes un peu irrités par cette stigmatisation effrénée de nos produits par des campagnes de presse alors que, comme le dit, le rapport du CSS, nos produits figurent à une place marginale en matière d'apports d'acides gras saturés athérogènes par rapport à d'autres produits d'autres marques. Cela ne rend vraiment pas service aux consommateurs.
 
(1) Round Table on Sustainable Palm Oil (« Table Ronde internationale sur l'Huile de Palme durable ». Créé en 2004 par plusieurs partenaires, dont le géant agroalimentaire Unilever et l'association environnementaliste WWF, le RSPO promeut la culture et l'utilisation d'huile de palme durable selon des critères standardisés.  

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