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Fongicides céréales La résistance de la septoriose aux strobilurines gagne la moitié de la France

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La France est en train de subir le même sort que tous les autres pays du nord de l’Europe. Le champignon pathogène responsable de la septoriose, première maladie du blé tendre, est en train de devenir résistant aux strobilurines, la famille de fongicides céréales commercialisée depuis seulement 1998. Les firmes et la distribution ont mis en place un grand nombre d’expérimentations pour mettre au point des programmes fongicides efficaces.

En deux ans, la résistance du champignon pathogène Septoria tritici, responsable de la septoriose du blé tendre, concerne déjà une grande moitié Nord de la France. En 2003, seuls le Centre et le Nord étaient concernés. La progression devrait se poursuivre au même rythme. Le réseau Opticoop d’InVivo a effectué le printemps dernier un monitoring dans l’ensemble des bassins céréaliers français, montrant que 70 % des sites échantillonnés présentaient de la résistance, avec en moyenne 23 % de souches résistantes. Ce dernier pourcentage varie de 0 à 92 % selon les sites. « Il s’agit d’une résistance de type “tout ou rien”, explique Fabrice Blanc, ingénieur développement chez Syngenta en charge de ce dossier. Cette mutation naturelle s’est développée par pression de sélection dans toute l’Europe». Et le phénomène est fulgurant : en deux ans, la Grande-Bretagne et l’Irlande sont passées de 100 % de souches sensibles aux strobilurines à 100 % de souches résistantes. Pour la France, il faudra sans doute trois ans, guère plus.

La maladie la plus préjudiciable

Ce phénomène de résistance a pris toutes les firmes de court. « En général, quand un organisme vivant mute génétiquement, l’individu mutant est affaibli et présente des défaillances physiologiques. Là, ce n’est pas du tout le cas », constate Renaud Deval, chef de marché fongicides chez Syngenta. Bref, les firmes doivent gérer la crise. Et vite, car la septoriose est la maladie la plus préjudiciable pour le blé tendre. Elle peut provoquer des pertes de rendement de 20 q/ha. Or, les fongicides céréales représentent, en France, 50 % du marché des fongicides et 10 % du marché global des phytosanitaires en France. L’enjeu est de taille !

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Ajouter du chlorothalonil

« Il s’agit désormais de gérer la résistance, en prenant garde de préserver l’efficacité de l’autre grande famille de fongicides : les triazoles», explique Fabrice Blanc. La seule technique possible est d’intégrer dans les programmes fongicides dès le printemps prochain du chlorothalonil, un fongicide multi-sites de contact, c’est-à-dire que le fongicide agit sur plusieurs sites moléculaires au sein de la cellule fongique. « Le chlorothalonil présente une très bonne réponse dose/efficacité, mais, attention, il s’agit d’un produit de contact», met en garde Fabrice Blanc. De nombreuses expérimentations ont été mises en place en 2004, afin de caler les nouveaux programmes. En situation de résistance avérée, la meilleure solution technique et le meilleur gain net sont obtenus avec un mélange « trois voies » : strobilurine + triazole + chlorothalonil. Le chlorothalonil permet de lutter contre la septoriose, la triazole apporte un effet curatif et la strobilurine permet de lutter contre toutes les maladies de fin de cycle grâce à son spectre d’efficacité large. Certains de ces mélanges « trois voies » sont autorisés par la législation sur les mélanges. Quant aux conséquences économiques, heureusement le chlorothalonil est bon marché : 6 à 7 euros par litre.