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Bernard Vallat, directeur général de l’OIE « La responsabilité du porc n’est pas établie à l’heure actuelle »

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L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) vole au secours des filières porcines qui craignent de voir les consommateurs associer la viande de porc à l’actuelle épidémie humaine de grippe mexicaine. « Il n’y a pas actuellement de porc malade et les embargos décidés par certains Etats sont totalement injustifiés », déclare Bernard Vallat, le directeur général de l’organisation. Interview.

Vous réfutez l’expression de grippe porcine. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’il s’agit d’une épidémie strictement humaine pour le moment. Aucun animal n’a actuellement développé la maladie liée au nouveau virus, selon les vétérinaires mexicains et américains avec qui nous sommes en contact. Le terme de « grippe porcine » est donc inapproprié. La grippe porcine – la vraie – correspond à une autre maladie bien connue des vétérinaires du monde entier et qui ne fait pas de gros dégâts. Cette maladie est gênante surtout chez les verrats car elle entraîne une baisse de la production de semence. Chez la truie, elle peut provoquer des avortements si elle est associée à certaines infections. Il ne s’agit pas d’une maladie jugée prioritaire chez le porc.

Pourquoi l’OMS a-t-elle alors qualifié ce virus de grippe porcine ?

On va mettre ça sur le dos de la précipitation. L’OMS fait souvent du catastrophisme dans ses déclarations avec des conséquences économiques graves pour les producteurs (agricoles, ndlr).

Comment se fait-il que l’on retrouve des gènes porcins dans ce virus ?

Les virus grippaux ont la capacité de se spécialiser pour infecter différentes espèces telles que l’homme, le cheval, les oiseaux, le porc, voire les chiens. Chaque virus adopte pour ce faire une configuration spécifique. Le virus de la grippe mexicaine est un cocktail de réassortiment de différents virus qui se sont rencontrés au sein d’un organisme hôte non déterminé. Dans le cas présent, 4 souches se sont recombinées : deux souches porcines – l’une est d’origine américaine et l’autre asiatique –, une souche aviaire d’origine américaine, et une souche humaine américaine. Le réassortiment de ces quatre virus a eu lieu dans un organisme vivant.

Lequel ?

Pour le moment, c’est un mystère. Dans la mesure où nous sommes en présence de deux souches porcines, il est possible que la recombinaison ait eu lieu chez un porc. Mais cela n’est pas prouvé. Si tel était le cas, l’animal aurait pu alors infecter une personne qui à son tour l’aurait propagé. Pour l’heure, les enquêtes en cours n’ont pu établir un foyer de départ. Dans l’histoire, on a déjà constaté des transmissions de virus du porc à l’homme et, dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas eu de dégâts, sauf en 1976 et en 1988 aux Etats-Unis où il y eut un mort.

D’où vient la souche aviaire, dans le cas présent ?

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Le porc est réceptif à beaucoup de souches de grippe. Il peut l’avoir été pour une souche aviaire.

A-t-on testé la transmission du virus chez l’animal ?

Le virus fait actuellement l’objet d’expérimentations aux Etats-Unis et au Canada. Il a été inoculé à des poulets, des porcs et des chevaux. Ces animaux sont en période d’incubation et on devrait en savoir plus en début de semaine prochaine (1re semaine de mai, NDLR). On est très intéressés par le fait de savoir si le virus est capable de provoquer des maladies animales. Car si une épizootie se déclenchait en parallèle à l’épidémie humaine, cela aggraverait la situation sanitaire humaine et animale au niveau mondial. On attend donc avec impatience les résultats de ces expérimentations ainsi que les comptes-rendus des recherches menées par les services vétérinaires dans les élevages au Mexique.

Le Mexique présentait-il une structure d’élevage ou un environnement sanitaire « à risque » ?

L’apparition d’un nouveau virus est une loterie. Plus il y a d’animaux dans une zone, plus le risque d’héberger et de voir circuler des virus est élevé. La concentration d’animaux est un creuset pour les virus, en particulier autour des grandes villes avec des élevages à cycle court tels que les élevages de porcs, de volaille ou la production laitière.

Certains font des recommandations sur la cuisson de la viande de porc…

C’est hors de propos. Il n’y a actuellement pas de porc malade. Donc on ne peut pas dire que c’est dangereux. Je le répète, pour le moment, il s’agit d’une grippe humaine. La responsabilité de l’animal n’a pas été établie. Alors pourquoi alarmer les gens inutilement ? Les embargos décidés par certains Etats sur la viande de porc mexicaine ou américaine ne sont absolument pas justifiés. Par contre, si nous étions amenés à découvrir des animaux malades, l’OIE formulerait des préconisations. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Il n’est pas opportun d’utiliser le principe de précaution. Il vaut mieux consacrer toute son énergie à éviter la diffusion de l’épidémie humaine qui présente bien des mystères.

Que voulez-vous dire ?

Le Mexique avance un taux de mortalité de 5 à 6% chez les malades touchés par le virus. Aux Etats-Unis, à l’inverse, aucun mort n’a jusqu’ici été à déplorer et une seule personne a été hospitalisée, ce qui est bénin Cette interview a été réalisée le 28 avril. Le 29 avril, les Etats-Unis ont enregistré un premier décès chez un enfant mexicain venu au Texas pour des soins médicaux.. C’est très surprenant. Il y a là un mystère à élucider. L’OMS a rehaussé son niveau d’alerte au niveau 4 (sur 6), le 27 avril, en se basant probablement sur la situation au Mexique et non aux Etats-Unis.