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Politique agricole La restructuration de l’agriculture chinoise restera une priorité

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Le renouvellement du comité central du parti communiste chinois a fait émerger deux noms, Xi Jinping et Li Keqiang. Ils devraient être désignés respectivement président et Premier ministre du pays en mars prochain. Au niveau agricole, si les changements sont progressifs en Chine, ces nouveaux leaders, via notamment le ministre de l’Agriculture qui sera aussi intronisé en mars, devraient intensifier la politique de restructuration des exploitations actuellement en cours dans le pays.

 

Les sept « nouveaux empereurs » ont été désignés à l’issue du comité central du parti communiste chinois à la mi-novembre. Leur entrée en fonction n’interviendra qu’en mars, mais déjà des sources proches du dossier parlent de la poursuite d’une intensification de la modernisation et de la restructuration des exploitations agricoles chinoises. Un objectif est d’ores et déjà affiché, celui de « 70% de population urbaine d’ici à 2030 ». Un moyen pour ce pays, grand comme l’Europe, de gagner de l’espace dans les zones rurales afin de moderniser l’agriculture.

Une intégration croissante de l’agriculture en Chine

Actuellement dans l’inertie du « 12e plan », de 2011 à 2015, « l’alternance politique » n’aura pas immédiatement les mains libres pour influer sur ses orientations. Mais le 13e plan, pour 2016-2020, sera préparé par la nouvelle équipe dirigeante à partir du mois de mars. Cependant, si des évolutions se profilent, elles se feront à la marge, car les changements sont progressifs en Chine. Dans le pays, les exploitations agricoles encore très morcelées ont subi une forte restructuration ces dernières années. Par ailleurs, l’intégration des productions agricoles par des entreprises de transformation intermédiaires est le modèle émergent en Chine. « C’est davantage le cas en élevage, et moins pour les cultivateurs de céréales, car en Chine les céréaliers bénéficient de prix garantis et de filets de sécurité leur permettant de rester aux manettes de leurs exploitations », indique un spécialiste du dossier. En revanche, 30% de la production de porc et de lait en Chine sont produits par ces entreprises ayant intégré l’amont agricole aujourd’hui.

Un soutien public récent à l’agriculture en Chine

Les politiques agricoles de subvention en Chine ont donné un coup d’accélérateur aux producteurs à partir de 2006-2007. Un soutien récent qui tranche avec la tradition séculaire de taxation des paysans en Chine. Une suppression progressive de ces taxes est d’ailleurs en cours dans le pays. Parmi les quatre priorités nationales définies récemment par le gouvernement chinois figure la modernisation de l’agriculture. Cet accent mis sur les productions agricoles et la restructuration des exploitations devrait perdurer durant le 13e plan. « Le modèle américain de grandes entreprises agricoles intégrées fait rêver les dirigeants chinois », selon un spécialiste. Mais le modèle coopératif intéresse aussi les autorités chinoises, ainsi que les indications géographiques ou les signes de qualité, dont 1 200 existent sur les produits alimentaires en Chine. L’idée étant aussi, pour les autorités, de créer de la valeur ajoutée sur les produits agricoles. « Depuis les crises sanitaires liées à l’alimentation, les ménages chinois sont prêts à payer cher la qualité des produits qu’ils consomment », selon le spécialiste. Autre évolution possible, la réallocation des soutiens publics à l’agriculture. Aujourd’hui les soutiens sont forts pour les céréales comme le riz, le blé ou le maïs, qui ont longtemps été la base alimentaire du pays. Cependant, dans le panier de la ménagère la part des céréales s’érode au profit notamment de la viande de porc. Les soutiens pourraient donc être réalloués aux élevages, qui subissent aujourd’hui, comme en France, des coûts élevés de l’aliment face à des prix de vente toujours bas. La production de porc du pays pourrait d’ailleurs baisser dans les prochains mois.

Une dépendance toujours forte aux marchés mondiaux

Si depuis huit ans la productivité agricole chinoise a progressé, grâce à la mécanisation et à l’amélioration des techniques agricoles, le déficit de la balance commercial agroalimentaire du pays ne fait que croître, et se situera autour des 34 milliards de dollars en 2012. « On assiste à une course de vitesse entre une demande qui croit plus vite que l’offre », explique un spécialiste. Les élevages chinois ayant choisi le modèle intensif, ils sont très dépendants des importations et donc des prix sur les marchés mondiaux. Le cas du soja, dont la Chine importe 70% de ses besoins, est éloquent. Cependant la récente hausse des matières premières à l’international a eu peu de répercussion sur les consommateurs finaux. Ceci grâce aux politiques publiques de régulation des prix à la consommation. Enfin, selon un analyste, les aides directes aux revenus agricoles, le stockage, les quotas d’importation sont les outils que comptent utiliser de façon croissante les autorités chinoises pour garantir des prix alimentaires bas. La sécurité alimentaire du pays restera une priorité politique dans les prochaines années en Chine, car aujourd’hui 38% des revenus des ménages chinois sont consacrés à l’alimentation.

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