Développement des exploitations sociétaires au détriment des exploitations individuelles, concentration des exploitations, accroissement des quotas, une étude de FranceAgrimer, présentée le 24 février, chiffre les évolutions de la production laitière en France depuis 18 ans
Près de 4 500 exploitations laitières (1) en moins par an en 18 ans, environ 12 000 litres de quota en plus par an et par exploitation, division par deux du nombre d'exploitations individuelles, les chiffres s'enchaînent pour caractériser l'évolution de la production laitière en France. Myriam Ennifar, chargée d'étude de la filière bovine à FranceAgrimer, en a fait la présentation au Salon de l'agriculture le 24 février dernier. Ainsi, entre 1995 et 2013, le nombre d'exploitations laitières individuelles (EI) a diminué de 79%, soit plus rapidement que le nombre total d'exploitations laitières françaises (-54%). Pour Myriam Ennifar, cela signifie que « des créations d'exploitations, sous d'autres formes juridiques » notamment Gaec et EARL, ont en partie compensé le recul observé de ces exploitations individuelles. « Le Gaec est la forme qui s'est développée le plus précocement mais semble être désormais en légère perte d'activité », constate Myriam Ennifar. Le nombre de Gaec est orienté à la baisse depuis 2005 (-1,4% de croissance annuelle depuis dix ans). Les EARL, qui représentent 30% des exploitations laitières en 2013 (29% pour les GAEC), ont connu elles aussi un fort taux de croissance annuel entre 1995 et 2010 (+5,9%), avant de connaître un léger repli depuis trois ans. « En 2013, Gaec et EARL contribuent pour près de trois quarts à la production française alors qu'ils pesaient un peu plus de la moitié dix ans plus tôt », relève Myriam Ennifar.
Le Gaec, un succès
Au niveau de la répartition des quotas, les formes sociétaires ont également pris le dessus. « Les exploitations individuelles sont restées de taille modeste en 2013/14, 80% d'entre elles détenant un quota inférieur à 300 000 litres », continue-t-elle. À l'opposé, 70% des EARL et des SCEA possèdent un quota supérieur à 300 000 litres, 85% pour les Gaec et 50% de ces derniers ont un quota supérieur à 500 000 litres. Pour autant, ce mouvement de restructuration « semble ralentir sur les trois dernières campagnes ». Entre 1995 et 2013, près de 4 500 fermes par an (-4,3%) ont disparu, soit plus de la moitié de l'effectif présent en 1995 (149 277 exploitations). Sur les cinq dernières campagnes, cette baisse s'est progressivement tassée, selon Myriam Ennifar. En parallèle, l'augmentation moyenne des quotas par exploitation a suivi la même courbe, mais en sens inverse. « La référence livraison moyenne par exploitation est passée de 150 454 litres en 1995 à 366 888 litres en 2013, selon un taux de croissance annuel moyen de +5,1% (12 000 litres/an) », estime Myriam Ennifar. Pour Antoine Daurelle, trésorier adjoint des Jeunes agriculteurs, le développement des structures sociétaires dans la filière lait semble logique. « La problématique de la traite en est à l'origine », fait-il observer. La spécificité du GAEC avec sa fameuse « transparence » a souvent été un statut privilégié lors du regroupement d'exploitation.
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« Une société, comme l'EARL, compte normalement pour une personne » alors que la transparence, spécifique au Gaec, permet de conserver pour chaque membre du Gaec un niveau d'aides PAC plus ou moins similaire à celui qu'il aurait reçu s'il était resté seul sur son exploitation, explique Antoine Daurelle, trésorier adjoint des Jeunes agriculteurs. Par contre, si le Gaec a un statut avantageux sur le plan des aides, il impose certaines contraintes : impossibilité pour l'un de ses membres de travailler à l'extérieur, pas de Gaec possible entre mari et femme, etc. Avec la nouvelle PAC, le maintien de cette transparence a été conservé. Mais il est fort possible que les statuts juridiques des exploitations changent encore dans les années à venir en fonction des opportunités de développement. « Il faut l'imaginer même si changer de statut à un coût », estime le JA.
(1) Les chiffres concernent les exploitations qui livrent 100 à 80% de leur lait à une coopérative ou à un industriel. Ils sont issus de l'analyse de la base de données individuelles des producteurs détenteurs d'une quantité de référence laitière.